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Union francophone des médias, de la publicité et du numérique : un lancement prometteur

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Publié par & dans la catégorie Communication, Edito.

Source: Afrikakom

Le 2 mai dernier, au cœur d’un grand hôtel marocain, s’est tenue la première convention de l’Union Francophone des Médias, de la Publicité et du Numérique. Une initiative issue du secteur privée, impulsée par l’agence Cristal Events, qui promet de belles perspectives de partenariats entre les différents acteurs des secteurs.

Fermez les yeux et imaginez quelques composants majeurs d’une belle journée … Une palmeraie, un soleil chauffant juste ce qu’il faut, un échiquier géant, des piscines à plusieurs endroits, des bougainvilliers aux multiples couleurs, des voiturettes de golf pour vous emmener dans votre chambre-bungalow… Imaginez ensuite une salle de conférence au décor bleuté, des tables pour l’assistance garnies de bonbons, de dattes et de jolis carnets que vous pourrez même emporter… Un programme en papier glacé, un accueil souriant et efficace, des invités de prestige… Tous les ingrédients étaient réunis pour que la première convention de l’Union grave les mémoires des francophones rassemblés.

L’évènement a démarré sur une présentation de son principal initiateur : Christian Cappe. Décontracté et précis, il a annoncé le programme de la journée dont les deux points d’orgue furent sans conteste les discours d’ouverture de Michèle Alliot Marie et celui de fermeture de Dominique Wolton. Deux personnages publics aux genres bien différents, qui témoignent de toute la diversité de ce que pourrait être la francophonie civile. Entre-deux, des conférences rassemblant des professionnels de l’édition, de la communication et de l’audiovisuel car il ne fallait tout de même pas oublier que nous étions là pour écouter, pour apprendre et réseauter. De l’avis d’un grand nombre, le discours de l’ancienne Ministre des Affaires étrangères fut brillant : sans note, elle a occupé la scène pendant près de trente minutes avec une présence incontestable. Oubliées les affaires, les chamailleries politiques franco-françaises, Michèle Alliot Marie était présente pour rassembler : « Organisons nous en meute et nous pourrons conquérir le monde ! ». Le message est fort, chacun dans la salle s’y retrouve. La députée européenne évoque l’ambition de l’Union « Créer des espaces de rassemblement non seulement pour les professionnels de la Communication, mais aussi pour les Chercheurs, pour les Industriels ».

Juste avant son intervention, une conférence d’ouverture portant sur les échanges entre médias francophones, que j’ai eu l’honneur de modérer (au diable la fausse modestie !). Moulay Ahmed Belghiti, Président de la très compétente boîte de production marocaine Vidéorama, qui d’ailleurs trois jours plus tard remportait trois Golden Awards lors de l’African Cristal Festival, explique : « L’adaptation marocaine de Fort Boyard a cumulé plus de 80% de taux d’audience. Un record dans l’histoire du divertissement télévisé. En adaptant les formats francophones aux spécificités culturelles des régions, on peut générer des audiences exceptionnelles ». De son côté, la dynamique Ana Ballo, récemment nommée Directrice de RTI Distribution en Côte d’Ivoire, s’accorde avec son panéliste : « Il faut miser sur nos valeurs communes que sont l’amour, le partage, le dépassement de soi, l’humour, pour créer des productions francophones adaptées aux publics de la ‘francosphère’ ». De mon côté, en ouverture de l’exercice, j’expliquais toute l’importance de la télévision dans l’usage d’une langue en rappelant une anecdote : « Au début des années 2000, toutes les antennes paraboliques d’Afrique du Nord étaient tournées vers les satellites Telecom 2A et 2B qui diffusaient les chaînes du service public français. Afin de contrer le piratage, le satellite a été réorienté vers le Nord, pour ne plus déborder en-deçà de la Méditerranée. Résultat : toutes les paraboles se sont alors tournées vers des satellites du Moyen-Orient diffusant des chaînes d’expression arabe. Et aujourd’hui la francophonie ne peut que constater la déliquescence de l’usage du français dans cette partie du monde »….

En début d’après-midi, une autre conférence d’importance : médias locaux versus médias panafricains. Dès l’ouverture, Laurent Vanesson, Directeur de France Télévision Publicité, a rapidement planté le décor : « Il n’y a pas de guerre entre médias panafricains ou médias locaux, chacun a sa propre ligne éditoriale et il y a de la place pour tous ». Et pour cause, le grand manitou de la régie publicitaire des chaînes TV comme TV5 Monde, France 24 ou Africable TV sait que la demande des publics est diverse : « On a besoin de contenu local et de contenu international ». De son côté, le Directeur Général d’Africanews François Chignac a enchanté le public féminin lorsqu’il a expliqué que les deux rédacteurs en chef de la chaîne basée au Congo Brazzaville sont… des femmes. Son équipe est constituée uniquement de recrues africaines : « Nous cumulons 12 millions de spectateurs au terme de 2 ans d’existence, et nos prévisions publicitaires sont dépassées ». Quant à la question de la censure, il assure : « Depuis son lancement, Africanews n’a eu à déplorer aucune ingérence politique ». René Saal, Président du média AdWeKnow, a affirmé quant à lui que les chaînes internationales bénéficiaient de meilleurs taux d’audiences que les chaînes locales. Cependant, cette affirmation, qui découle pourtant d’études menées par de prestigieuses maisons (françaises) telles qu’Ipsos ou Mediamétrie, fut contestée par Ana Ballo de RTI Distribution lorsqu’elle prit le micro quelques minutes plus tard.

Cette journée fut riche en échanges, et il serait laborieux de citer ici toutes les intéressantes contributions des panélistes. La conférence réunissant de nombreux éditeurs à propos de la transformation numérique ne devait pas être manquée. Pas plus que d’ailleurs que le pitch explicatif de Yasmine Ajami et de Sandrine Roland qui a donné l’envie à tout le public d’investir en Côte d’Ivoire. Les absents ont eu tort également de ne pas assister aux présentations de l’AFP Services, d’AG Partners Bénin ou encore d’Havas Suisse qui témoignèrent au nom de la thématique du jour : l’audace.

Enfin, pour clôturer la journée de travail, nous avons eu la chance d’écouter Dominique Wolton. Quelle verve, quelle aisance, quel humour ! Le chercheur et Directeur de la Revue Hermès, auteur de milles ouvrages et qui vient récemment de publier ses entretiens avec le Pape, nous a tous surpris avec son discours à contre-courant : « Soyez novateurs, ne suivez pas la route des réseaux, inventez votre propre route ». Félicitant l’agence Les Gros Mots qui place l’humain au cœur de sa communication, il a distillé tout au long de son intervention ses idées humanistes « La plus grande chose au monde c’est la communication. Parce que tant que l’on communique on négocie. Et tant que l’on négocie on ne fait pas la guerre». Il y a bientôt 20 ans, c’est en lisant deux de ses ouvrages que je me suis intéressée à la francophonie et à la communication (Sur la Francophonie, Sur la communication). Depuis les années ont défilées mais ma passion du métier s’est renforcée grâce notamment à des actes et discours rassembleurs tels que ceux de ce grand monsieur de la communication.

Enfin, la journée s’est terminée dans un magnifique Riad au cœur de la médina de Marrakech. Un dîner pantagruélique offert par Vidéorama qui restera gravé dans tous nos estomacs ! Alors oui, nous avons tous passé une journée magnifique ponctuée de rencontres exceptionnelles et d’échanges riches. Cette première convention de l’Union ne pouvait pas être plus prometteuse. A propos de promesses justement, soyons certains d’une chose : si tous les participants parviennent à consolider les liens désormais tissés, la francophonie issue du secteur privé est véritablement promise à un bel avenir…. Pour conquérir le monde !

Séverine Laurent

 

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Crédit photo : Union Francophone

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