piratage en afrique

Startimes, l’opérateur qui facilite le piratage audiovisuel ?

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Publié par & dans la catégorie Edito, Médias.

Source: Edito Afrikakom

OPINION

Startimes continue son développement un peu partout en Afrique subsaharienne. Pour de nombreux éditeurs et opérateurs de télévision à péage, ce développement pose un sérieux problème en terme de protection des droits des éditeurs et producteurs.

Le groupe chinois Startimes, qui exploite un bouquet de TV à péage par satellite en Afrique, a parfaitement saisi les besoins de consommation des spectateurs africains : il acquiert de plus en plus de contenu sportif et il produit de plus en plus  d’émissions en langues locales. Il propose des tarifs d’abonnements défiant toute concurrence. Cependant, d’après de nombreux industriels et observateurs du secteur, on comprend qu’il participe à  favoriser les conditions du piratage massif des chaînes de télévision qu’il diffuse.

Startimes est le seul diffuseur de télévision par satellite qui ne sécurise pas pleinement ses contenus. Certes, le signal numérique est crypté et nécessite donc un abonnement pour y accéder. Mais en Afrique subsaharienne le piratage est complexe : les pirates souscrivent à un seul abonnement pour ensuite le distribuer et le vendre à plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’abonnés. Dans ce contexte informel, l’unique moyen pour les éditeurs et opérateurs cherchant à protéger leur contenu consiste à réaliser des opérations de Fingerprint : le numéro de la carte-source d’abonnement s’affiche sur l’écran de tous les abonnés, permettant ainsi à l’éditeur/diffuseur de l’identifier, et de couper l’accès à la carte.

Oui mais voilà, Startimes refuse de se plier à cette méthode pourtant sollicitée par de nombreux éditeurs. Enfin, refuse, ce n’est pas le mot exact, la stratégie est plus subtile : leur équipe explique toujours qu’ils travaillent sur le sujet, et que c’est tellement difficile. Selon plusieurs éditeurs, l’affaire dure depuis 5 ans maintenant… Résultat : toute la profession est en train de constater une prolifération exceptionnelle du piratage. Tandis que les éditeurs procèdent, sur tous les satellites et autres moyens de diffusion, à des opérations couteuses d’identification des cartes pirates pour sécuriser leurs contenus, Startimes continue tranquillement de diffuser les mêmes chaînes, sans moyen de les sécuriser, pour le plus grand bonheur de tous les pirates d’Afrique.

Cette pratique porte un sérieux préjudice à toute l’industrie de la TV payante en Afrique : tant les opérateurs terrestres que les opérateurs satellite en souffrent. En 2017, le secteur légal n’a certainement pas enregistré de croissance et cette politique de l’autruche y est sûrement pour quelque chose. Aujourd’hui, même dans les pays où l’opérateur chinois ne dispose pas de licence, tous les pirates sont au courant : pour ne plus être embêtés par les ayant-droits, il suffit d’acheter un décodeur Startimes dans un autre pays ! Les filières d’approvisionnement sont très organisées, et ces pratiques sont aujourd’hui suffisamment connues pour pouvoir les dénoncer sur la place publique.

Les premiers à souffrir de cette politique sont les opérateurs africains : petit à petit, ils constatent la diminution de leurs parcs d’abonnés sans pouvoir acter contre l’une des sources évidentes du problème. Canal+ a également enregistré une perte d’abonnés au cours du premier semestre 2017, et il en est de même pour la plupart des télé-diffuseurs africains. Entre la concurrence des grands groupes et ces pratiques, ils parviennent difficilement à maintenir leurs parcs d’abonnés. Tous font aujourd’hui le même constat : aujourd’hui ils coupent une carte, demain la chaîne réapparaît sur les écrans illégaux, captée la plupart du temps par un décodeur Startimes.

Pour Startimes, nul doute que cette politique lui permet d’atteindre petit à petit son objectif : celui d’envahir les salons d’Afrique. Qui sont les réels bénéficiaires de cette approche peu respectable des économies locales ? Je vous laisse réfléchir à la réponse…

Alors évidemment, les éditeurs pourraient simplement demander à Startimes de cesser la diffusion de leurs chaînes si de vraies mesures anti-piratage ne sont pas mises en œuvre. Oui mais aujourd’hui le marché n’est pas assez important pour se permettre de se passer d’un diffuseur qui acquiert, petit à petit, de plus en plus de licences un peu partout en Afrique subsaharienne.

Dans ce contexte, la seule voie de recours semble être du côté de la législation. Les autorités de régulation africaines pourraient, pour protéger les économies de la TV payante de leurs pays, procéder à l’adoption de lois intimant TOUS les diffuseurs TV à se plier aux règles minimum pour la protection des contenus TV. Cette protection servirait d’abord les diffuseurs africains légaux, qui peinent déjà beaucoup face aux mastodontes venus d’ailleurs et qui n’usent pas toujours de règles commerciales équitables…

Séverine LAURENT

En savoir plus sur le piratage en Afrique : Lire l’article sur InaGlobal

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