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Réseaux sociaux: la réflexion du Cameroun suscite des craintes de censure

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Publié par & dans la catégorie Médias.

Source: Journal du Cameroun

Par Julie Owono – 22/11/2016

À Internet Sans Frontières nous ne cesserons jamais de le dire et l’écrire : Internet est une chance pour notre humanité; Son ouverture renforce les possibilités pour les libertés et l’égalité. En raison de ces caractéristiques, cet espace a souvent été attaqué récemment: des entreprises privées, qui préfèrent un Internet fragmenté aux fins de leur modèle économique, aux gouvernements qui craignent l’impact politique de cette ouverture, beaucoup veulent entraver l’architecture et les principes fondamentaux de cette innovation.

Le Cameroun est le dernier d’une liste, malheureusement de plus en plus longue, de gouvernements qui attaquent un Internet libre et ouvert. Depuis le 21 octobre 2016, les réseaux sociaux ont été accusés de répandre des rumeurs par le ministre des Transports; d’être une menace pour la paix au Cameroun, par le ministre des Communications et porte-parole du gouvernement. Le 10 novembre 2016, lors de l’ouverture de la session parlementaire, le président de l’Assemblée nationale qualifiait les internautes de «félons du cyberespace» et les médias sociaux de «terroristes».

Pourquoi cette fureur contre les médias sociaux ?
Cette position coïncide avec un événement tragique qui a secoué le pays: le 21 octobre 2016, au moins 80 personnes sont mortes et plus de 500 ont été blessées lors du déraillement d’un train reliant Yaoundé à Douala, les deux principales villes du Cameroun. Twitter, Facebook, WhatsApp et d’autres réseaux sociaux étaient des ressources importantes pour ceux qui cherchaient des informations sur l’accident: la télévision et la radio d’État, ainsi que de nombreux médias privés, ne couvraient pas l’événement au moment où il venait de se produire; dans le même temps, des vidéos, des messages Facebook, des tweets, des messages vocaux donnant des détails sur la catastrophe étaient partagés massivement en ligne.

Cette libre circulation de l’information a remis en question le récit de l’accident donné par le gouvernement, en particulier sur le nombre de décès. Selon la presse camerounaise (voir un titre ici), le gouvernement préparerait un projet de loi sur les médias sociaux qui limiterait la diffusion de ce que le gouvernement considère comme des rumeurs. Malheureusement, cette justification, ainsi que la lutte contre le terrorisme, est familière à ceux qui soutiennent et luttent pour la protection de la liberté d’expression en ligne: elle est trop souvent utilisée par certains régimes pour faire taire les voix critiques. Le rapport 2016 Freedom of the Net de l’organisation Freedom House confirme cette tendance inquiétante: 27% de tous les utilisateurs d’Internet vivent dans des pays où des personnes ont été arrêtées pour avoir publié, partagé ou simplement aimé du contenu sur Facebook.

Internet Sans Frontières a contacté le Ministère des postes et télécommunications du Cameroun pour avoir plus d’informations. Selon le Directeur de la Communication du Ministère, M. Constantin Désiré Lebogo : Le président de l’Assemblée Nationale a parlé des réseaux sociaux, non pas pour légiférer sur la question, plutôt pour déplorer les dérives que l’on observe aujourd’hui dans l’utilisation qui est faite des Réseaux Sociaux. Au Ministère des Postes et Télécommunications nous sommes conscients que les Réseaux Sociaux sont incontournables, seulement nous invitons les utilisateurs à faire un bon usage de ceux-ci, et notamment ne pas les utiliser pour désinformer. On ne parle pas encore de loi, mais nous sommes plutôt au niveau d’une réflexion. Un colloque est organisé du 21 au 23 Novembre par l’Université de Yaoundé I, le Ministère des postes et télécommunications, de l’enseignement supérieur, et de la communication, pour une réflexion sur l’utilité des Réseaux Sociaux et la bonne manière de les utiliser pour le développement du Cameroun. Nous ne pouvons pas nous en passer, mais on doit faire comprendre aux citoyens que c’est un outil de développement et non un outil de destruction.

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Crédit photo : Fototala