piratage en afrique

TV payante en Afrique : piratage en bande organisée

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Publié par & dans la catégorie Edito, Médias.

Source: InaGlobal

Le marché de la TV payante en Afrique francophone représente un vaste potentiel dont une partie est détournée par des acteurs de l’économie informelle. Comment s’organisent-ils ? Quelles sont les voies de secours pour les éditeurs piratés ? Enquête au cœur de cette industrie en voie de mutation.

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Le marché de la TV payante en Afrique

Faisons les comptes grossièrement… Sur la seule zone de l’UEMOA on recense un peu moins de quatre-vingt-dix millions d’individus. En y additionnant les populations d’Afrique centrale, entre la grande RDC, le Cameroun, le Gabon, etc. la population totale en Afrique subsaharienne francophone avoisine les deux cent cinquante millions d’habitants. Partant de là, si l’on choisit de s’appuyer sur les dernières études de TNS SOFRES qui estiment que les populations sont équipées, en moyenne, d’un poste TV pour cinq habitants, alors on peut conclure qu’il existerait jusqu’à cinquante millions de postes TV fonctionnels sur la zone. Or, dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne francophone, on estime qu’un peu plus de deux postes TV sur trois seraient liés à un abonnement de TV payante , voire davantage comme au Cameroun ou au Sénégal . Cela représente un potentiel de plus de trente millions d’abonnés actifs à la  TV payante. Parmi ces chiffres, il est intéressant de noter que la plupart des offres payantes proposent évidemment l’accès à des chaînes internationales. Les chaînes locales, quant à elles, se targuent d’une part d’audience équivalente à environ 30 % des spectateurs.

Ainsi, on pourrait croire, à la lecture de ces données, que l’Afrique représente le nouvel eldorado de la TV payante pour les éditeurs. Cependant, la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, si l’on se base sur les déclarations des différents opérateurs légaux de bouquets TV, tous confondus, on arrive difficilement à atteindre la barre des trois millions d’abonnés. Ceci, sachant que l’opérateur historique Canal+ Afrique comptabilise, à lui seul, un peu plus de deux millions d’abonnés en réception directe par satellite avec la norme MPEG2. Cela constitue un véritable problème technologique qu’il conviendra de résoudre incessamment car l’Union Internationale des Télécommunication a prescrit le passage au numérique avec la norme MPEG4 pour la période 2015/2020. Le matériel MPEG 4 peut lire le MPEG 2 mais l’inverse n’est pas vrai.

Dans ce contexte, la vingtaine d’opérateurs d’Afrique subsaharienne francophone disposant d’une licence de diffusion se partagerait un peu plus d’un million d’abonnés. Mais là encore, les chiffres restent obscurs car certains opérateurs se permettent, jusqu’à aujourd’hui, de déclarer deux mille abonnés aux éditeurs. Bref, où sont passés les vingt-sept millions d’abonnés supputés restant ? À Douala, à Conakry, à Dakar ou à Abidjan, pas besoin de chercher bien loin : une très large majorité des abonnés à la TV payante obtient le signal grâce au câble distribué dans leur quartier. Et ce, bien sûr, à des tarifs défiant toute concurrence. Pour moins de 2 500 francs CFA (3,7 euros) par mois, les abonnés peuvent regarder jusqu’à 300 chaînes TV locales et internationales ! Pour les câblo-opérateurs, il est facile d’offrir de tels tarifs, puisqu’ils ne payent aucun des produits culturels qu’ils commercialisent. Alors évidemment, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. L’assurance de regarder votre chaîne préférée ce soir n’est pas non plus garantie puisque votre câblo-opérateur, communément nommé « opérateur araignée » en Afrique, peut, à tout moment, voir ses équipements confisqués ou sa carte d’accès désactivée par les ayants droit ou représentants de ces derniers. Ceci, même s’il est bien vrai que la guerre anti-piratage ne dispose que de peu d’armes législatives et fonctionnelles et que les saisies d’équipements demeurent rares.

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