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Discop // Unifrance : le financement de la production africaine

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Publié par & dans la catégorie Médias.

Source: Afrikakom

En marge de la grande messe des médias – le DISCOP- qui se tenait pour la première fois à Abidjan du 2 au 5 juin 2015, Unifrance a organisé une table ronde intitulée : La stratégie de développement des groupes internationaux. Ceci, dans le cadre du lancement des Premières Rencontres du Cinéma Francophone. Pour mémoire, UniFrance est l’organisme national français en charge de promouvoir la production française dans le monde.

Le panel, animé par l’ancien de l’OIF Paul-Charlemagne Coffie -désormais consultant près du Ministère de la Culture et de la Francophonie en Côte d’Ivoire-, était agrémenté de hautes personnalités telles que François Deplanck (Canal+ Afrique), Bernard Azria (Côte Ouest Audiovisuel), Takis Candilis (Lagardère Entertainment), David Kessler (Orange Studio) et Olivier Laouchez (Trace TV).

Dans la salle, de nombreux producteurs, réalisateurs et autres acteurs de notre industrie ont fait le déplacement. Mais les questions de la salle ont davantage porté sur le financement et les règles de la production africaines plutôt que sur les stratégies de développement des groupes représentés. Ainsi, on a pu écouter une sage intervention dAbderrahman Sissako (Timbuktu), une intervention plus musclée du Burida mettant en cause certaines pratiques observées (voir vidéo), ou encore une allégation vindicative d’un producteur camerounais. En cause ? L’agressivité de certains groupes internationaux qui dictent les règles du marché et du financement de la production africaine.

Il n’existe pas de fonds de financement africain de la production

Pourtant, il ne faut pas se tromper de combat : si l’industrie de l’audiovisuel en Afrique se développe aussi vite et bien, c’est aussi grâce aux investissements réalisés par les groupes internationaux. La plupart des films africains francophones, jusqu’à ce jour, demeurent financés par des fonds provenant d’organismes de coopération extérieure : Ministère des Affaires étrangères France, Organisation Internationale de la Francophonie, Union Européenne… Mais ce système de soutien étranger marque bien entendu ses limites puisque, au final, ce ne sont pas les africains qui décident de ce qu’ils vont manger dans l’assiette…

Pour pallier à ces limites, Abderrahman Sissako a rebondit sur la nécessité de créer un fonds de financement africain pour la production. A ce propos, il me souvient qu’en 2002 j’avais déjà échangé avec une haute personnalité du Ministère de la Culture du Sénégal sur ce sujet. Cette personne m’avais alors expliqué que l’opérateur Canal+ se serait engagé, en 1998-1999, à reverser 3% de son chiffre d’affaires sénégalais au bénéfice d’un fonds pour la production locale. Voilà une initiative équitable ! A partir du moment où l’on gagne de l’argent dans une industrie, il est tout à fait normal de participer à son développement à échelle locale. Oui mais voilà. Le contrat se serait perdu dans les méandres de l’institution… Et aucun fonds cinématographique sénégalais n’a encore vu le jour jusqu’à aujourd’hui. Cette information reste à vérifier bien entendu, mais si sa véracité est avérée, elle peut servir d’exemple aux autorités africaines pour commencer à créer un fonds propre de financement. En taxant -raisonnablement- les télé-diffuseurs basés localement, il y a là un moyen de participer à créer l’émergence d’une véritable production africaine. Pour s’adapter aux configurations culturelles locales, l’idée serait non pas que ce fonds de financement soit géré par une institution, mais plutôt que chaque opérateur privé puisse choisir les productions qu’il finance. Ceci, tout en rendant compte, ponctuellement, à un grand collège de sages de la profession par exemple. Mais avant même de penser à cette approche il serait juste de commencer par faire un grand ménage : ici sévissent des milliers d’opérateurs-araignées qui piratent sans relâche les chaînes TV, sans paiement d’aucune sorte de taxe ou de redevance. Il serait complètement injuste de taxer des télé-diffuseurs qui honorent déjà la TVA et autres licences sans d’abord assainir le paysage.

Une autre source de financement possible serait la mise en place d’une taxe sur le modèle de la TST française (voir vidéo). En effet, les opérateurs télécom participent, du fait de la multiplication des écrans & des modes de diffusion, à la diffusion de contenus vidéo. YouTube et autres plateformes enregistrent des millions de vues en Afrique. Mais là aussi il faudra attendre encore quelques années car l’Afrique n’est pas encore arrivée à l’heure de la convergence numérique, et rares sont les offres tripleplay  proposées par les opérateurs en Afrique (Téléphonie, Internet, Télévision).

Se développer en Afrique en participant au développement social

Il est bien vrai que l’un de mes métier consiste à accompagner des éditeurs, producteurs ou diffuseurs pour leur implantation ou leur développement en Afrique. Aussi, on pourrait trouver étrange que j’avance de telles idées. Pourtant ceux que j’accompagne ont, depuis bien longtemps, choisi spontanément de respecter une certaine politique incluant la notion de responsabilité sociale. D’où notre entente qui se chiffre en dizaine d’années. Par exemple, le groupe international AB Sat (Mangas, Action, RTL9 etc….) s’appuie sur des acteurs africains pour son extension. Les télé-diffuseurs Excaf (Sénégal), Multicanal (Mali) ou Télé Plus (Cameroun) investissent, depuis leurs débuts, dans la production africaine. Ceci, sans jamais avoir recours à des financements extérieurs. Le développement de l’Afrique doit nécessairement passer par ce type de stratégie responsable.

Bref. On a encore beaucoup de boulot devant nous, et toutes les idées devront être partagées pour participer à créer une véritable industrie africaine de l’audiovisuel.

Séverine Laurent