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La montée en puissance de l’audiovisuel en Afrique subsaharienne

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Publié par & dans la catégorie Edito, Médias.

Source: Afrikakom

A presque six mois de l’échéance vers le « tout numérique », l’Afrique francophone est de plus en plus active sur l’échiquier de l’audiovisuel : on y compte près de 300 chaînes TV, jusqu’à cinq bouquets satellitaires  et près d’une cinquantaine de bouquets terrestres payants. Et ce, sans compter la dizaine de milliers de « pirates araignée ». Comment en est-elle arrivée là ?

Elle a pris son temps pour démarrer, l’industrie de l’audiovisuel en Afrique subsaharienne francophone. Et pour cause, elle revient de loin : n’oublions pas que jusqu’au milieu des années 1990, la plupart des pays de cette zone proposaient difficilement à leurs publics une seule chaîne de TV nationale. Autant dire un porte-voix des autorités politiques d’alors. Et puis, à partir de 1997, tout est allé très vite. A la faveur d’un programme de la coopération internationale (OIF, France et Canada), des émetteurs de télévision ont été « distribués » à des opérateurs économiques privés ciblés dans chaque pays de la zone. Outre l’obligation de diffuser TV5 et la chaîne nationale en mode clair, il s’est alors posé le problème du contenu pour ces diffuseurs en bande MMDS. Dans cette logique, l’Etat français appuya le lancement de Canal+ Horizons en Afrique, mais également d’une petite dizaine de chaînes TV telles que Mangas,  RTL9 ou encore feu MCM Africa. Cette invasion d’images venues d’ailleurs eut un effet politico-culturel immédiat : dès le début des années 2000, les autorités africaines s’engagèrent vers un lent processus de libération des paysages audiovisuels. On peut également affirmer que cette avancée démocratique eut lieu  grâce à l’appui du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel français, alors incarné par la forte personnalité d’Hervé Bourges.

Bref. Le secteur de l’audiovisuel en Afrique subsaharienne francophone s’est ouvert grâce à des programmes de coopération internationale. Oui mais voilà. L’Afrique d’alors n’était pas encore prête pour cette transformation. Trop rares étaient les ressources humaines correctement formées pour faire face à l’opportunité de l’audiovisuel. Aucun grand groupe africain ne s’intéressait au marché. A ces difficultés s’ajoutait une problématique majeure : les organisations africaines étaient peu sensibilisées aux avantages de la communication audiovisuelle. Dans ce contexte naissant, les premières chaînes africaines virent le jour grâce à l’esprit de débrouillardise des pionniers de la télévision. Les premières images furent diffusées au moyen de « systèmes D » : on fabriquait la TV de bric et de broc, avec les moyens du bord.

Finalement, quinze ans plus tard, cet esprit de débrouillardise  commence enfin à porter ses fruits. Les jeunes ont eu le temps d’apprendre un peu mieux les notions basiques de la profession, les éditeurs et les diffuseurs se sont émancipés des programmes de coopération tandis que de nouveaux groupes africains et internationaux lorgnent les potentialités du continent avec envie. Le crédo des nouveaux arrivants de la production ? Le « Good enough », un peu à l’image du système nigérian de Nollywood. Sur la toile, des capsules vidéo fleurissent. Dans le ciel, des dizaines de chaînes TV parviennent à atteindre l’équilibre économique. Tandis que les pionniers français AB Sat (TV SAT Africa) et Canal+ renforcent leur présence sur les territoires, d’autres groupes chinois ou africains proposent de nouveaux bouquets : Startimes, TNT SAT Africa ou Free Africa. Récemment, Bolloré (Canal+) a annoncé l’installation de fibres optiques un peu partout en Afrique tandis que les groupes Lagardère, Turner ou Fox commencent à faire les yeux doux au formidable potentiel audiovisuel africain. Bref. La Télé en Afrique francophone se dessine désormais comme une cible de taille pour de nombreux opérateurs économiques.

Séverine LAURENT