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Les opérateurs de télévision africains face au numérique

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Publié par & dans la catégorie Edito, Médias.

Source: Afrikakom

Picto_mediasLe 17 juin 2015 l’Afrique doit muter vers le numérique

Pourtant, quand on y regarde de plus près, du côté de ses diffuseurs locaux autorisés par l’Etat, l’Afrique est déjà partiellement en numérique. La plupart des opérateurs privés n’ont pas attendu les ordres de l’IUT pour muter. Au Togo, dès 2005, Media+ fut probablement l’un des premiers africains à investir dans la télévision numérique terrestre : de la récupération du signal à sa diffusion chez l’abonné. Les opérateurs de télévision du Niger, du Mali, du Sénégal, ou du Cameroun suivirent cet exemple rapidement.

Oui, mais ces valeureux diffuseurs doivent faire face à nombre de difficultés. Par exemple, des milliers de câbleurs pirates sévissent dans les grandes villes d’Afrique. Ceux-là ne payent pas de licence et ne reversent aucune espèce de taxe ou de redevance aux ayant-droits africains ou internationaux. Pour quelques centaines de FCFA, ils vous proposent jusqu’à 200 chaînes de télévision par mois. La qualité est souvent médiocre certes, mais le modèle fonctionne depuis presque 15 ans : un décodeur, du câble coaxial, quelques répartiteurs et c’est tout le quartier que l’on fournit en télé. Malgré différentes tentatives des autorités pour encadrer cette industrie fructueuse, les câbleurs travaillent toujours dans l’informel.

Dans ce contexte difficile à organiser, les opérateurs africains autorisés, quant à eux, doivent payer des licences d’exploitation, reverser de lourdes taxes au gouvernement ou s’acquitter des droits de diffusion des chaînes auprès des éditeurs internationaux -dans des conditions parfois discriminantes. Et puis, il subsiste une problématique majeure : ces opérateurs ont effectivement investi dans le numérique… mais dans une bande de fréquence qui deviendra bientôt obsolète. En effet, souvenons-nous que la plupart de ces acteurs économiques ont obtenu leur autorisation d’exploitation au milieu des années 90, à la faveur d’un programme de la coopération internationale (France, Canada, Francophonie). Dans ce contexte d’aide internationale, l’Etat leur attribua une bande de fréquence dite « MMDS » (2,5 à 3,7 GHz). A Dakar, à Douala ou à Cotonou, on a ainsi vu fleurir partout sur les toits des antennes « tire-bouchon » ou « TV5 » (la chaîne francophone fut la première à être diffusée sur ces réseaux).  Mais cette bande de fréquence est très élevée et elle ne traverse ni les murs, ni les arbres, ni la pluie, contrairement à la bande UHF.

Bref. Les opérateurs africains sont en numérique, mais pas dans la bonne fréquence.

Certains ont investi plusieurs centaines de milliers d’Euros pour adapter leur système aux évolutions technologiques, et, à peine quelques années plus tard, voilà qu’on leur demande d’investir à nouveau pour adapter leur signal à la bande de fréquence UHF. C’est tout leur parc de décodeurs qu’il va leur falloir changer.

Il faut aussi comprendre que la bande UHF n’est pas élastique, et certains opérateurs se voient menacés de diminuer le nombre de chaînes TV qu’ils offriront à leurs publics une fois la transition réalisée.

Dans ce contexte compliqué, on espère vivement que, au moment de l’attribution des fréquences, les intérêts des opérateurs africains ne seront pas oubliés car ces pionniers créent des emplois et réinjectent, la plupart du temps, leurs gains dans les économies des pays.

Séverine LAURENTpetit-orange-devant transpar (2)

Crédit photo : Satcon Gabon