Didier Acouetey : le marché de la distribution des produits high tech pourrait offrir beaucoup de débouchés

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Source: Agence Ecofin

Conseil en ressources humaines, Didier Acouetey évalue la demande des entreprises nationales et internationales en termes d’emplois et de compétences dans le domaine des TIC en Afrique.

Comment se présente d’après vous le marché de l’emploi dans le domaine des TIC en Afrique ?

Didier Acouetey : Il est tout d’abord indéniable de souligner que le secteur des TIC est en croissance en Afrique depuis plusieurs années, avec un boom de l’utilisation d’Internet et de la téléphonie mobile. Internet et la téléphonie mobile en particulier sont devenus des instruments quotidiens dans la vie de nombreux Africains, avec des taux de pénétration de plus de 10% et 45% respectivement. Même si la croissance dans le secteur de la téléphonie mobile affiche des taux de croissance moins impressionnants que dans les dix dernières années, il continue d’offrir des croissances extrêmement enviables. Par ailleurs, avec la révolution du numérique, le secteur devrait connaître une croissance très forte en raison des nombreuses déclinaisons possibles que cela permet.

Le développement des TIC engendre par conséquent une croissance du PIB dans les pays africains, avec des répercussions à tous les niveaux, en commençant par l’emploi. De ce fait, les filiales de multinationales, les grands acteurs africains du secteur et surtout de nombreuses PME africaines qui se sont investies dans ce secteur ces dernières années recherchent de plus en plus de compétences, et parfois dans des domaines techniques pointus. Le marché de l’emploi devrait donc rester porteur, qu’il s’agisse d’emplois directs ou indirects. Cela se confirmera d’autant plus qu’une véritable classe moyenne voit le jour dans de nombreux pays africains, et cette classe moyenne voudra profiter de tout ce qu’offrent les nouvelles technologies au quotidien.

Selon une étude de GSMA publiée en novembre 2012, le secteur de la téléphonie mobile pourrait permettre la création de 14,9 millions de nouveaux emplois en Afrique subsaharienne entre 2015 et 2020, comment appréhendez-vous ces chiffres ?

DA : Ces chiffres sont très positifs et encourageants. En réalité, la poursuite du développement du secteur de la téléphonie mobile sera liée de mon point de vue aux nombreuses applications autour desquelles la technologie sera déclinée, à l’instar du porte-monnaie électronique, qui connaît un véritable succès dans des pays comme le Kenya, où le paiement des factures d’eau ou d’électricité se font grâce au téléphone. En réalité, le téléphone devrait faciliter la vie des populations au quotidien. Regardez l’exemple des agriculteurs en Ethiopie qui suivent les cours des produits agricoles grâce à leur téléphone, ou les pêcheurs du Sénégal qui peuvent identifier les zones riches en poissons grâce aux applications sur leur téléphone mobile, ou encore les citadins qui l’utilisent pour la navigation urbaine. Bref, la croissance du secteur, avec comme corollaire la création d’emplois, n’est pas surprenante.

Cependant, ces emplois ne seront une réalité que si le marché offre des compétences qualifiées dans les domaines recherchés par les entreprises. Or, on note aujourd’hui que très peu d’Africains sont formés dans les domaines techniques, ce qui engendre un grand déséquilibre du marché entre l’offre et la demande de compétences.

La distribution et la commercialisation des appareils high tech et des outils informatiques prend également son ampleur en Afrique. Comment évaluez-vous le potentiel de ce marché en matière de création d’emplois ?

DA : La commercialisation et la distribution des appareils high tech et des outils informatiques sont encore à une phase de balbutiement. Même si dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Maroc la distribution est relative

ment bien structurée, il faut noter que dans la plupart des pays africains nous en sommes encore à une distribution assez informelle, avec parfois des circuits informels qui commercialisent des produits qui ne sont rien moins que des copies de grandes marques. Le marché de la distribution, en se structurant progressivement, pourrait offrir beaucoup de débouchés à des distributeurs indépendants et aux grandes chaînes. Il est cependant difficile de l’évaluer en termes de nombre d’emplois qui seraient créés.

Est-il aussi tributaire d’emplois à la fois formels et informels que dans le secteur de la téléphonie mobile ?

DA : On constate, comme je l’indiquais, une forte concentration de la distribution dans le secteur dit informel, mais qui, en réalité, écoule une bonne partie des produits sur le marché. C’est un peu à l’image du marché des ventes de cartes de recharge té

léphonique, dont une grande partie est assuré par les marchands ambulants, dans la circulation, dans les débits de boissons, etc. Bref, c’est une forme de distribution qui aurait échappé à un directeur marketing classique en phase d’élaboration de sa stratégie de distribution s’il ne connaît pas le marché. Les emplois formels et informels devraient continuer de se développer avec la croissance du marché si les fabricants et les opérateurs parviennent à accompagner la distribution et la maintenance en participant à la structuration de la distribution et en soutenant parfois financièrement la création de réseaux de commercialisation, qui offrent des vrais services aux clients et aux consommateurs.

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