Algérie : pas de radio privée avant l’ouverture officielle

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Source: L'expression DZ

Contrairement aux télés off-shore qui émettent du Bahreïn, les opérateurs privés ne peuvent pas lancer de radio qui sera captée en Algérie

Mercredi dernier, le Premier Ministre Sellal a étudié et traité l’avant-projet de loi sur l’audiovisuel, lors d’une réunion des membres du gouvernement. Ce texte de loi vise à fixer les bases relatives à l’activité de l’audiovisuel, modifié dans la loi organique 12-05 rédigée le 12 janvier 2012 et qui fixe les modalités pour l’ouverture audiovisuelle au privé, la publicité, le lancement de radio privée d’une puissance de 3000 Mega Hertz mais aussi la création de chaînes cryptées à l’image de Canal+.
Si beaucoup a été dit et écrit sur les télévisions privées dont certaines n’ont pas attendu officiellement l’ouverture du gouvernement pour se lancer dans l’aventure, il est tout de même étonnant qu’aucun opérateur ne soit intéressé de créer une radio privée. Les raisons demeurent simples et multiples. Contrairement aux télés off-shore qui émettent du Bahreïn, les opérateurs privés ne peuvent pas lancer de radio qui sera captée en Algérie. La raison est simple: seule la TDA (la télédiffusion algérienne) peut permettre la diffusion d’onde d’une radio sur le territoire algérien, qui est de surcroît le plus vaste territoire d’Afrique (après la division du Soudan). Selon le DG adjoint de la TDA Tahar Bediar, le comité de stratégie du numérique qui a mis en place un calendrier de mise en oeuvre de la TNT jusqu’à 2015, le TDA donne la possibilité technique de lancer six à huit chaînes de télévision et radio. Le système de codage utilisé est le MPEG 2 et le MPEG 4, qui peut également multiplier les programmes et ajouter le Triple Play Adsl (télévision, téléphone et Internet). Autrement dit, l’Algérie peut dés l’officialisation du texte, lancer huit télés et radios. En fait selon un spécialiste de l’audiovisuel, l’Algérie contrôle mieux son espace radio que son terrain audiovisuel. C’est l’Agence nationale des fréquences (ANF) qui dépend de l’Arpt (Autorité de régulation des postes et télécommunication) qui donne les fréquences radios.
Contrairement aux chaînes télés comme Enahhar TV ou Echourouk TV, qui ont pu trouver refuge sans autorisation algérienne sur le satellite Nil Sat, les opérateurs algériens ne peuvent techniquement et administrativement pas lancer une radio privée avant l’adoption du texte de loi. Il faut dire que c’est la radio qui a le plus souvent connu des avancées dans toute ouverture audiovisuelle dans le monde. En France, par exemple, dés 1981 et l’ouverture audiovisuelle privée initiée par le président Mitterrand, plusieurs radios naissent avec un esprit jeune et branché à l’image de NRJ (la Nouvelle Radio des Jeunes), Radio Nova, Radio Contact devenue Nostalgie, RFM ou encore Cité Future devenue Skyrock, ainsi que de très nombreuses radios locales et communautaires à l’image de Beur FM ou encore Radio Soleil, pour le monde oriental. Même chose en Tunisie où on a vu la création de la radio privée Radio Mosaïque FM avant même la révolution tunisienne. En Algérie, les choses sont différentes, la radio ne s’est pas démocratisée comme la télévision.
L’Enrs possède une quarantaine de radios, toutes publiques, soumises à un cahier des charges très strict, du moins pour la majorité. Certaines radios bénéficient néanmoins d’une certaine liberté de ton.
C’est le cas notamment de la Chaîne III ou encore de Jil FM, qui traitent de sujets jusque-là tabous comme lamour dans l’émission Derba qui fait un tabac auprès des auditeurs. L’émission s’inspire un peu de l’émission de Cauet qui fait un tabac aussi sur NRJ. Mais la radio c’est aussi de la politique et l’Algérie n’autorise pas des radios qui s’éloignent de la politique nationale même pour les radios Web. Ainsi Radio Kalima, la première radio Web algérienne, qui critique souvent la situation politique en Algérie, n’est pas autorisée et ses responsables sont interdits d’activité. Pour le moment, aucun opérateur n’envisage de créer une radio, seul le patron de Dziriet, Naïm Soltani, qui avait commencé sa carrière sur la radio Bahdja, envisage de créer sa propre radio, car le média est avant tout un bon espace pour la publicité et le taux d’écoute est parfois très haut, notamment aux heures de pointe, entre 7h et 9h du matin, entre 16h et 18h et entre 20h et 22h. Ce sont des moments où des milliers d’automobilistes sur les routes algériennes sont branchés. Alors, en attendant l’ouverture audiovisuelle réelle, on se contentera des 40 radios nationales.