Les TIC au service de l’harmonisation du peul

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Source: Alsic

Dans le contexte des langues à culture écrite émergente, les spécialistes en communication et en éducation sont confrontés à des problèmes de référentiels. Ainsi, l’exploitation (lecture, traduction) d’un document écrit dans une langue parlée de l’autre côté des frontières nationales, n’est pas toujours maîtrisée, les référentiels, notamment en orthographe et en terminologie, n’étant pas harmonisés d’un pays à un autre. Le peul, langue africaine transfrontalière, ne fait pas exception à la règle et l’on se posera ici la question de savoir si son enseignement-apprentissage en conjugaison avec les multiples possibilités qu’offrent les technologies de l’information et de la communication (TIC) peut aider à son harmonisation.

2Dans les pays d’Afrique au sud du Sahara, il se construit une culture de l’écrit qui gagne de plus en plus de terrain au détriment de la culture de l’oralité. Cela s’explique en partie par le nombre croissant des alphabétisés dans l’une des langues européennes que sont le français, l’anglais, le portugais, etc. Mais, l’alphabétisation se fait aussi dans les langues africaines de grande communication qui se retrouvent désormais comme langues de scolarisation dans des systèmes éducatifs formels.

3Qu’il s’agisse des alphabétisés qui savent lire et écrire dans les langues européennes ou dans les langues africaines, les TIC s’imposent de plus en plus à tous : Africains de ville, comme Africains de village. C’est notamment le cas des outils de communication comme l’ordinateur, le téléphone mobile, Internet, avec les nombreuses possibilités d’usages qu’ils offrent à l’expression écrite, notamment la saisie.

4Toutefois, les textes saisis sur ordinateur ou téléphone mobile, les messages sur Internet posent des difficultés de compréhension au niveau des langues transfrontalières à tradition écrite émergente. Il est de même de l’exploitation d’autres sources écrites comme les manuels scolaires, les lexiques spécialisés et les dictionnaires de langues. En effet, d’un pays à un autre, l’écrit dans les langues africaines transfrontalières comme le peul, connaissent des difficultés d’harmonisation que des rencontres scientifiques ont vainement essayé de résoudre (Unesco, 1953, 1966, 1978, 1979 ; Diagne, 1981 ; ACCT, 1984).

5Par ailleurs, l’histoire nous révèle que l’harmonisation d’une langue écrite passe également par son enseignement-apprentissage à l’école. N’est-ce pas à la faveur de l’enseignement que l’arabe classique est la langue de communication dans les rencontres internationales des arabophones, quoique ces derniers disposent de variétés dialectales arabes ne connaissant pas toujours une intercompréhension d’un pays à l’autre ! C’est également grâce au français enseigné que nous appellerons conventionnellement français standard que les francophones des différents pays du monde se comprennent.

6Le français standard doit son existence à l’école qui est le premier outil de sa promotion, mais également aux garde-fous comme les textes juridiques (Décret n° 96-602 du 3 juillet 1996 relatif à l’enrichissement de la langue française NOR : MCCB9600333D), les commissions spécialisées de terminologie et de néologie (la commission générale de terminologie et de néologie, l’Académie française), les partenaires scientifiques et techniques (l’Académie des sciences, l’Association française de normalisation, l’Institut national de la langue française), la coopération francophone (Bureau de la traduction du gouvernement canadien, Office de la langue française du Québec, les spécialistes de la Suisse et de la Communauté française de Belgique).

7Si l’on peut considérer de nos jours le français standard comme une variété de français, un dialecte (sans exagération !) de référence dans les pays francophones, ce type de référence est également en construction dans les pays où le peul est matière et / ou véhicule d’enseignement-apprentissage dans les systèmes éducatifs formels.

8Toutefois, pour parvenir à un peul standard qui ne présente pas de difficultés majeures de compréhension d’un pays à l’autre, à l’instar du français enseigné en Belgique, au Québec, au Niger, il faut que l’enseignement formel soit mis à contribution.

9Or, le peul est une langue d’enseignement dans des pays classés les plus pauvres du monde ; il dispose également de très peu de compétences en ressources humaines, toutes choses rendant difficile la création d’un peul standard.

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