Fibre optique VS satellite : les plus et les moins

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Source: Agence Ecofin

(Agence Ecofin) – Pour Jean-Marie Blanchard, expert TIC & Développement, fibre optique et satellite sont deux technologies complémentaires et le continent africain représente, pour l’une et l’autre, un important potentiel de développement.

 Pour développer la pénétration des TIC en Afrique, on pense naturellement à la fibre optique pour les villes et au satellite pour les campagnes… La réalité est-elle aussi binaire ?

Jean-Marie Blanchard : La formule me semble en effet quelque peu simplificatrice, mais elle a le mérite de considérer la problématique avec le meilleur angle d’analyse, à savoir celui du contexte de construction et d’utilisation. En effet, la technologie satellite était jusque là la plus couramment utilisée dans les zones rurales, du fait de grandes distances entre les utilisateurs et de la faible densité de consommateurs. Cependant, l’accès aux services basés sur ce type de technologie se traduit par des coûts de communication élevés et donc difficilement soutenables pour une population à faible pouvoir d’achat. Ainsi, l’usage du satellite a tendance à rester relativement « élitiste » !

Du côté de la fibre optique, la forte densité des utilisateurs potentiels dans les quartiers d’affaires justifie pleinement l’investissement dans des réseaux à fibre optique, à condition que leur coût de construction – génie civil, notamment – ne devienne pas prohibitif ; en effet, bien que les contraintes environnementales ne soient pas encore trop pesantes en Afrique, la construction d’un réseau en centre-ville est très coûteuse avec un prix au kilomètre nettement supérieur à celui pratiqué dans les zones périurbaines et a fortiori rurales.

Quelles sont, à ce jour, les différences de coût entre ces deux technologies, en investissement et en exploitation en Afrique ?

JMB : Plutôt que de parler de « coût d’une technologie », il me semble plus approprié de parler de « coût d’un réseau », basé sur telle ou telle technologie… Ainsi est prise en compte une contrainte incontournable en la matière du poids des contextes de construction et d’utilisation : le contexte de construction induira le coût d’investissement et le contexte d’utilisation le coût d’exploitation du réseau, selon la (les) technologie(s) employée(s).

Le coût d’un réseau à fibre optique est caractérisé par un coût d’investissement (« one shot ») très élevé, fonction de la capacité de transmission de celui-ci (débit maximum disponible à partager entre les utilisateurs) et par un coût d’exploitation relativement faible, généré par les activités de gestion du réseau et du parc d’abonnés. A titre indicatif, le coût moyen de construction d’un tel réseau régional terrestre en Afrique se situe à environ 20 000 € par kilomètre, dont 10% seulement pour la partie équipements télécoms et câble, un réseau offrant des capacités de plusieurs dizaines de Gbit/s.

La situation est tout à fait différente pour un réseau faisant appel à la technologie satellite dont le coût d’investissement est relativement limité, correspondant, en première approche, au prix total des stations VSAT qui peuvent être installées progressivement au rythme de la demande des utilisateurs ; ceci uniquement dans le cas d’un réseau de grande taille, à savoir plusieurs dizaines de stations terminales, dont le prix unitaire se situe aujourd’hui à moins de 5000 €. Quant au coût d’exploitation qui est le poste déterminant du budget, il sera estimé avec un coût d’accès de location mensuel de l’ordre de 2000 € par Mbit/s (à titre indicatif, l’ambitieux projet O3B[1] prévoit un accès à moins de 1000 $).

L’une est-elle plus fiable que l’autre, notamment au niveau des risques de rupture de connexion ?

JMB : La fibre optique est hautement fiable, intrinsèquement parlant, mais le principal risque, qui se révèle fatal, est la rupture du câble ou son endommagement, suite à une agression extérieure (accident, malveillance). Bien qu’il existe des solutions pour « protéger » la fibre optique, ces dernières ne dispensent pas de sécuriser systématiquement les réseaux à fibre optique, prévoyant des architectures de réseaux maillés, offrant des possibilités de routages alternatifs ; en Afrique, pour des raisons d’économie et d’échéancier de déploiement, le plus souvent, il arrive que les réseaux ne soient pas encore sécurisés… et cela se traduit par des interruptions de services à lourdes conséquences, comme cela a été le cas cette année à plusieurs reprises, notamment au Bénin et en Tanzanie avec des conséquences (coupure d’Internet et de l’interconnexion de certains réseaux GSM) qui ont également affecté les pays de l’hinterland.

Quant à la technologie satellite, elle est surtout sensible aux aléas climatiques qui limitent drastiquement la disponibilité des liaisons. Ce type d’aléas est fréquent en Afrique (orages, fortes précipitations) et les opérateurs se doivent de sécuriser leurs liaisons les plus stratégiques. Cependant, la technologie bénéficie à juste titre d’une bonne réputation en matière de disponibilité… et c’est pourquoi la technologie satellite apparaît comme un support intéressant pour secourir les réseaux à fibre optique non maillés !

Comment se répartit le marché africain, aujourd’hui, entre ces deux technologies ?

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