Il n’y a pas de concurrence au Cameroun sur le plan de la téléphonie

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Source: Journal du Cameroun

Par Ingrid Alice Ngounou d’Halluin – 08/11/2012

L’auteur du livre sur les télécommunications en Afrique évoque avec nous les problèmes des télécommunications au Cameroun et en propose des solutions immédiates

 

Vous venez de commettre un ouvrage intitulé « Régulation du marché des télécommunications en Afrique, l’exemple du Cameroun ». Un résumé de l’ouvrage pour nos lecteurs
L’ouvrage s’articule en trois volets. Le premier volet révèle, d’une part la connivence  des pays occidentaux aux dépens de l’Afrique  au nom de la libéralisation, et d’autre part  l’Afrique qui n’a pas pensé sa stratégie sur le plan des télécommunications ni des autres secteurs d’activités. Cette régulation ou plutôt cette déréglementation du marché des télécommunications en Afrique se traduit par une ouverture forcée à la concurrence. Les politiques  d’ajustement structurel, sous la pression du FMI et de la BM, ont fait de la privatisation des télécoms une des premières conditionnalités. Le marché national est donc fragmenté. Les opérateurs des pays industrialisés (France Télécom, Telefonica, Portugal Telecom,…), en quête de nouveaux marchés à fort potentiel de croissance,  se ruent sur les Pays en développement (PeD). L’UIT s’est transformé en bras armé des privatisations au mépris de son rôle historique qui est le développement technique des télécommunications. On notera d’ailleurs que l’ex-secrétaire général Peka Tarjanne et son ex-adjoint Henry Chasia ont tous deux trouvé un nouvel emploi quelques semaines seulement après la cessation de leurs fonctions à l’UIT: le premier comme n°2 de Global Crossing, et le second comme vice chairman à ICO.  Il faut dire qu’avant les privatisations, l’UIT ne s’est jamais préoccupée de la mise en valeur des réseaux africains, ce qui est à l’origine d’un bradage. Pourtant les pays africains sont membres de l’UIT et peuvent en infléchir l’orientation ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. 30 ans après le rapport Maitland qui déplorant l’état des télécommunications en Afrique et qui qualifiait l’Afrique de « chaînon manquant », on constate que rien n’a été fait pour le développement des télécommunications en Afrique. Le second volet de mon ouvrage présente l’exemple du Cameroun, qui reflète l’Afrique dans tous ses vices. Le troisième volet, propose des solutions de sortie de toutes les tristesses et désolations que l’Afrique connait en matière de NTIC. Encore faudrait t-il que nos gouvernants en tiennent compte.

Sans entrer dans les détails, comment peut on définir et caractériser l’état des télécommunications au Cameroun?
Il est difficile de faire court sans dénaturer la réalité. En une phrase, l’état des télécommunications au Cameroun accuse un retard déplorable dû aux équipements datant de l’époque coloniale. Tous les africains, tous les camerounais, ont eu à faire au téléphone. Bien que la gamme des services des nouvelles technologies de l’information et de la communication soit plus étendue, nous n’allons analyser que ceux qui sont les plus utilisés au Cameroun. Ainsi nous distinguerons le téléphone fixe et le mobile. Pour obtenir une ligne de téléphone fixe, il faut attendre de 3 mois à 5 ans, voire 10 ans pour ceux qui n’ont pas les moyens de corrompre ou qui n’ont aucun pouvoir. Quand par hasard la ligne fonctionne, la qualité est parfois mauvaise, ne parlons pas des interruptions intempestives avec obligation de continuer à payer l’abonnement au risque de voir son numéro attribué à quelqu’un d’autre. Le téléphone mobile quant à lui est l’un des plus chers au monde malgré les faibles revenus des camerounais (la minute 10 fois plus chère qu’à l’Île Maurice). On a en plus une tarification fantaisiste au détriment des consommateurs. Le mobile dépend d’un réseau « sans secours » et est géré par des opérateurs qui ne suivent pas les cahiers de charges… Sans oublier le détournement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dû aux fausses déclarations du chiffre d’affaires par les opérateurs de mobiles avec une perte comprise entre 30 et 60 milliards de Fcfa.

Et l’accès à Internet
C’est un scandale car il y’a pas de haut débit. A quand la télémédecine généralisée? A quand le télé enseignement? Voilà les NTIC au rabais pour les Africains et les Camerounais.

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