MEDIAS : Haro sur ces médias de la haine en Afrique

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Encore des hommes des médias qui se sont trompés de rôle, de métier, foulant aux pieds l’éthique et la déontologie. Ils ont ainsi transformé leurs outils de travail, les médias, en objets qui suscitent la haine, entrainent la violence, la division et parfois la mort ! Ce n’est pas de l’histoire ou de la fiction.

Cela est bien réel et la crise malienne vient de le révéler, douloureusement, au grand jour. Des hommes des médias se sont transformés en « mercenaires de la plume et du micro », se mettant au service du diable, pour on ne sait quel intérêt ? Peut-être du ventre ou d’idéologie… En tous les cas, le gouvernement malien a accusé des médias nationaux d’entretenir la grave crise politico-militaire que traverse le pays en faisant « l’apologie du crime ».

Dans un communiqué, le ministère malien de la Communication indique : « Le gouvernement observe, avec regret, que certains médias maliens, en particulier des radios, contribuent à entretenir et même à prolonger la crise que traverse le Mali, par des propos ou des écrits incendiaires ».

Le communiqué poursuit que ces médias font « l’apologie du crime, véhiculent l’intolérance, la division, la haine et la violence, mettant même en péril notre cohésion sociale et notre fragile démocratie ».

Que dire, sinon soutenir que c’est dommage ! Ces journalistes maliens se rendent-ils vraiment compte de leur responsabilité ? Savent-ils seulement à quoi ils s’exposent, eux-mêmes, sans oublier leur pays ? S’ils pensent agir au nom de la liberté de la presse, ils devront savoir qu’ils sont passés totalement à côté de la plaque. Car la liberté de la presse exige qu’on respecte des règles.

La liberté de la presse n’autorise pas à appeler à la guerre, à la violence, à l’affrontement. Ils se sont donc trompés de rôle et ils auront à répondre de leur forfaiture, devant l’histoire. Car leur responsabilité est grande dans ce qui pourrait arriver, de mal au Mali. Ils ont été, de toutes les façons, prévenus qu’ils seront face à la loi.

Car, comme le disait Renaud de La Brosse, maîetre de conférences en Sciences de l’information et de la communication à la Faculté de droit et de sciences politique de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, « les journalistes de ces médias de la haine portent de très lourdes responsabilités dans le déclenchement de nombreuses crises.

Par les mensonges qu’ils ont fabriqués, par les différences qu’ils ont inventées ou encore par les désaccords qu’ils ont contribué à amplifier, ces « mercenaires de la plume » ont semé la haine entre des communautés. Les conséquences de cette manipulation et de cette intoxication ont été dramatiques…

Ces hommes de communication, qui ne sont journalistes que de nom, portent sur leurs épaules, une part de responsabilité écrasante dans les drames que vivent les populations.

La place de ces « journalistes » est-elle, au même titre que les militaires et les hommes politiques… ? C’est-à-dire aux côtés de ceux qui ont assassiné avec des armes, souvent sans raison ? »

Des écrits et des paroles à la hauteur des crimes

A bien des égards, l’on peut dire que les effets des écrits et des paroles de ces hommes des médias, sont à la hauteur des crimes commis par ceux qui prennent les armes pour ôter la vie à autrui, parce que, instrumentalisés. Par conséquent, ils méritent d’être à côté des militaires et autres hommes politiques qui incitent à la mort.

De ce qui précède, les hommes des médias maliens doivent revoir leur copie pendant qu’il est encore temps. Car l’histoire rappelle que de tels attitudes ont entraîné des catastrophes humaines, de part le monde. Et sauf si ces hommes des médias maliens ont la mémoire courte, le cas ivoirien, juste à côté d’eux, est là, éloquent, pour les édifier.

Dans ce pays voisin du Mali, au temps fort de la crise, les médias se sont mis au service du mal, appelant à la destruction, à l’exclusion, voire à la mort, marginalisant des communautés.

Durant une visite en février 2006, M. Jan Egeland, coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, a déclaré que les civils dans ce pays étaient les moins protégés au monde.

Il a préconisé une action immédiate en disant : « Lorsque les médias de la haine à la rwandaise préconisent de s’en prendre à des civils sans défense, de couper les minorités en petits morceaux et d’attaquer les organisations humanitaires internationales, certains individus doivent être traduits en justice ». Ce qui se passe au Mali, ramène également en mémoire la situation du Rwanda.

Dans ce pays, il est désormais établi que des médias comme Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), Radio Rwanda ou le périodique Kangura ont eux aussi psychologiquement accompagné et justifié le génocide perpétré contre la communauté tutsi, qui a coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de Rwandais.

Le caractère prémédité et organisé de ces massacres a été souligné par René Degni-Ségui, rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme sur le Rwanda.

Pour le rapporteur des Nations unies, l’un des éléments accréditant la thèse de la planification est « la campagne d’incitation à la haine ethnique et à la violence orchestrées par les médias appartenant au gouvernement ou lui étant proches, tels que Radio Rwanda, et surtout la Radio Télévision Libre des Mille Collines.

Les journalistes de RTLM – mise sur pied en 1993 et financée par les membres du clan « Habyarimana », du nom du chef de l’Etat mort dans un attentat, le 6 avril 1994- ont, en effet, appelé à l’antenne leurs auditeurs à tuer les Hutu modérés et les Tutsi, regrettant même que « les fosses ne soient pas encore pleines ». Bref, de macabres exemples de ce genre, on en dénombre, de part et d’autres.

Du Caucase, à l’Egypte, de l’ex-Yougoslavie au Moyen-Orient, on découvre le rôle néfaste que peuvent jouer des médias dans des situations de crises, dès lors qu’ils sont utilisés à des fins partisanes par des jusqu’au-boutistes de tous poils.

Il appartient donc aux journalistes d’éviter d’acheter des bagarres qui ne sont pas les leurs, comme le font des confères maliens, depuis le putsch du 22 mars 2012, qui a précipité la chute du Nord malien aux mains de rebelles touaregs et d’islamistes armés.

Il est bon que les hommes des médias aient en tête que la liberté de la presse rime avec responsabilité et qu’il est intolérable, pour les journalistes, de contribuer à exacerber les clivages de tous genres que d’œuvrer pour la paix.

Après tout, avant de critiquer les autres, les journalistes devraient d’abord être rigoureux envers eux-mêmes en étant plus responsables et en respectant les règles d’éthique et de déontologie. Ainsi, les plumes et micros ne se transformeront pas en bombes atomiques, mais seront plutôt sources de paix et d’espoir.

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