MEDIAS : Quand la Turquie et l'Afrique s'entendent

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Du mercredi 09 mai au jeudi 10 mai 2012, à Ankara, capitale turque, un grand meeting dénommé «Forum Turquie-Afrique des médias» s’est tenu. En effet, cette rencontre, à l’initiative du gouvernement turc, a réuni les journalistes venus de 54 pays membres de l’Union africaine et leurs collègues de l’ex-empire Ottoman. Loin d’être une partie de tourisme pour plus de 300 figures de la presse africaine, des leaders d’opinion, des experts en communication, des académiciens et des hommes politiques, cette réunion avait pour objectif de créer un espace de partage complet d’information et d’échange de vues entre la Turquie et le continent noir.

Dès l’ouverture de ces assises, le vice-Premier ministre turc avait précisé que pour son pays le recours à la puissance des médias est devenu indispensable afin d’exister dans ce monde en pleine mutation. Pour Bullent ARINC, c’est le moment de concevoir un avenir commun, notamment entre l’Afrique et la Turquie. Mais cet avenir ne peut être meilleur sans les médias qui ont un grand rôle à jouer.
L’ENJEU

Comme la Chine, l’Inde ou encore la Corée, la Turquie, ce pays situé au Sud-est du continent européen entend renforcer sa présence sur le continent noir. Déjà, depuis le sommet africain tenu en 2008 à Istanbul, le pays a consolidé cette présence. Durant les quatre dernières années, par exemple, la Turquie a triplé le nombre de ses représentations sur le continent africain. A la fin de cette année, elle aura en tout 34 ambassades en Afrique contre 12 seulement avant 2008. Le gouvernement et le peuple turcs ont également intensifié le commerce de leurs produits en Afrique, au point que susciter un engouement sans précédent.

La compagnie aérienne nationale « Turkish Airlines » ne cesse d’accroître son exploitation en Afrique. Seuls les médias ne suivent pas. Très peu de médias turcs s’intéressent au continent noir. C’est un bémol qui ne semble pas arranger le gouvernement turc. Car, si la Turquie déploie des actions en Afrique dans plusieurs secteurs de la vie, il n’y a personne d’autre pour en parler, sinon les médias. Faire le contraire, c’est donner un chèque en blanc aux autres concurrents déjà bien positionnés dans plusieurs pays africains.

Voilà pourquoi la Turquie souhaite que les médias africains et turcs travaillent désormais dans une forme de complicité pour, je cite «construire ensemble un futur meilleur ». Fin de citation. Et les thèmes développés au cours de ces travaux en disent long : «La Turquie et l’Afrique, opportunités et défis» ou encore «les médias comme facteur efficace pour la sensibilisation sur des thèmes tels que le développement, la migration, l’environnement, la santé, etc.

Dans la déclaration finale de ces assises, les journalistes africains, par la bouche du coordonnateur de African Media Initiative, Ahmadou M. Ba, se sont engagés pour un partenariat avec le gouvernement turc. En effet, la Turquie, grâce notamment au développement spectaculaire de sa technologie dont les journalistes africains invités à ce forum ont dû se rendre compte, entend apporter son soutien aux médias africains pour leur permettre d’être à la hauteur de leur mission. Mais, la main tendue d’Ankara n’est certes pas un geste gratuit. Ce pays qui monte en puissance a besoin d’un réel positionnement en Afrique. Ceci ne peut mieux passer qu’à travers une bonne communication qui viendrait en appui aux actions entreprises sur le terrain.

L’exemple Turc

Pour sa part, le continent noir devrait saisir cette main tendue pour se servir de l’expérience turque, un pays qui a connu des moments difficiles à travers l’histoire. Avec des coups d’Etats à répétition, notamment en 1960 et en 1980, une guerre officieuse qui sévit depuis 1984 entre le pouvoir turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une lutte permanente contre le terrorisme, la Turquie a subi l’une des pires crises économiques de son histoire.

Le pays a frôlé la banqueroute en 2001- sa monnaie, la livre turque, s’est dépréciée de 50% du jour au lendemain – et a dû recourir à une aide financière du FMI. L’ouverture de l’économie turque, entamée en 1989 et accélérée par l’union douanière avec l’UE en 1996, a été poursuivie. Le secteur bancaire a été totalement assaini ; les banques turques ont aujourd’hui des ratios de solvabilité bien plus élevés qu’en Europe. La banque centrale a gagné son indépendance vis-à-vis du Trésor et a pour objectif de contenir l’inflation. Les prix ont été libéralisés et le marché du travail en partie réformé. Surtout, l’Etat s’est fortement désendetté au prix d’une cure d’austérité drastique – la dette est passée de 75% à 41% du PIB aujourd’hui. L’économie turque a ainsi renoué avec une croissance durable. En termes de taux de croissance, le pays partage la deuxième place avec la Chine.

Aujourd’hui 17ème puissance économique mondiale, les performances économiques de la Turquie sur ces dix dernières années sont tout simplement impressionnantes. Le revenu par habitant a triplé, il se situe à ce jour à environ 15 mille dollars par habitant. Le pays est entrain de conquérir de nouveaux marchés à travers le monde. L’Afrique est le nouveau centre d’intérêt. Pour le gouvernement turc, c’est un partenariat de type gagnant-gagnant qu’il entend désormais entretenir avec le continent noir. C’est clair qu’avec ce monde qui bouge, l’Afrique devient de plus en plus un enjeu incontestable pour les pays développés ou émergents.

La Turquie ne cache plus ses ambitions d’être parmi les tout premiers partenaires du continent africain. La diplomatie, l’économie, la politique, seules ne suffisent pas. Il faut associer les médias pour une action plus visible et plus efficiente. Voilà aussi pourquoi ce forum n’est pas le dernier du genre. Le gouvernement turc a émis le vœu que ce genre des rencontres entre professionnels des médias de deux parties devienne une tradition.

Patrick Tshamala/Le Potentiel