MEDIAS : Présence africaine au MIPTV de Cannes

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Lors du MipTV qui s’est achevé le 4 avril dernier, Jean Roké Patoudem, de la société Patou Films international, a présenté son catalogue de films et de séries, avec des produits-phares comme la comédie « Le mec idéal » – pour lequel il prépare une sortie en salles en France – et la série télévisée « Gohou Show ». Il a également assuré la promotion d’un film en cours de production : « Roger Milla ». Ce long-métrage documentaire retracera la vie du joueur de légende qui a propulsé le football africain au-devant de la scène grâce à ses exploits avec les « Lions indomptables » du Cameroun lors de la coupe du monde 1990.

De son côté, la société Media Consulting Group (MCG) a lancé à Cannes sa nouvelle plateforme de Diffusion internationale des films et fictions africains (DIFFA), avec une offre de plus de trois cents heures de téléfilms et de séries en provenance de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et du Mali. Le catalogue de DIFFA comporte notamment les films du Burkinabè Boubakar Diallo, les séries maliennes de Boubacar Sidibé et plusieurs séries ivoiriennes dont celles de Jean Hubert Nankam, producteur camerounais établi à Abidjan.

Alain Modot, l’initiateur du projet DIFFA, a derrière lui une longue carrière de consultant dans le domaine de la télévision et du cinéma. Il a réalisé de nombreuses études ou évaluations pour le ministère français des Affaires étrangères, Canal France International et l’Union européenne. Il a également piloté l’« unité de gestion » du programme ACP-Films jusqu’en 2011. Son apparition dans le secteur de la vente de programmes a de quoi surprendre. Mais Alain Modot explique que tout a commencé avec ses interventions de consultant en Italie (il parle couramment l’italien), qui ont amené la RAI à le solliciter pour la vente de ses programmes en France.
L’expérience ainsi acquise, ajoutée à la connaissance des paysages audiovisuels africains accumulée par lui-même et son équipe, ont donné naissance au projet DIFFA à l’occasion d’un appel à propositions lancé par l’OIF en octobre 2011. Alain Modot considère que, pour intéresser certains diffuseurs, il faut être en mesure de proposer un grand nombre d’heures de programme. Il cite l’exemple d’un diffuseur chinois qui affirmait pouvoir s’intéresser à des contenus africains si on pouvait lui assurer 4.000 heures de programmes (c’est-à-dire de quoi créer et alimenter entièrement une nouvelle chaîne pendant un an…).

Le troisième acteur présent au MipTV grâce au soutien de la Francophonie est la Banque d’Images de l’Afrique centrale (BIMAC). Cette structure, créée, avec le soutien de l’Unesco, par Hubert Atangana, organisateur des Rencontres audiovisuelles de Douala, vise à rassembler des programmes du Cameroun, de Centrafrique, du Tchad et du Gabon, à les « calibrer » au besoin (pour les amener à des formats et des normes techniques acceptables par les diffuseurs) avant de les proposer aux télévisions. A l’occasion du MipTV, la BIMAC et la plate-forme DIFFA ont convenu de s’associer afin d’allier les contacts noués par la première en Afrique centrale et le réseau, plus international, de la seconde.

Le MipTV 2012 a été l’occasion de tester la nouvelle approche adoptée par l’OIF en matière de soutien à la diffusion : après avoir longtemps aidé les producteurs à promouvoir eux-mêmes leurs œuvres, la Francophonie s’est orientée vers le soutien à des opérateurs aptes à constituer des catalogues plus étoffés. L’objectif est double : toucher des diffuseurs internationaux qui répugnent à aborder des productions trop éparpillées et faire face à la concurrence de l’Afrique anglophone qui arrive en force sur les marchés d’Afrique francophone, avec des séries sud-africaines ou nigérianes très attractives et désormais doublées en français.

Le stand africain le plus remarquable du Mip-TV associait la chaîne sud-africaine M-Net et la société de vente de programmes Côte Ouest. Cette dernière, qui s’appuie sur trois bureaux (au Maroc, en Côte d’Ivoire et à l’île Maurice) vise à la fois les marchés du Maghreb, de l’Afrique francophone et de l’Afrique anglophone. Côte Ouest a commencé ses activités il y a une vingtaine d’années en fournissant des programmes américains aux chaînes africaines. Puis, la société est devenue le principal fournisseur de télénovelas de ces mêmes chaînes. Plus récemment, se sont ajoutées des séries indiennes, ainsi que le catalogue de films africains acquis par la chaîne M-Net dans le cadre du projet « African Film Library ». La dernière étape en date a consisté pour Côte Ouest à vendre des séries d’Afrique anglophone proposées par M-Net et doublées en français. Sont déjà disponibles les séries The Wild, Laduma et Isidingo (Afrique du Sud), Tinsel (Nigeria), ainsi que Jacob’s Cross (Nigeria-Afrique du Sud). Cette dernière série a été achetée notamment par le réseau français Outre-mer 1ère (ex-RFO).

Ces séries, dont certaines ont commencé à être diffusées sur Canal+ Afrique, pourraient venir concurrencer prochainement les télénovelas latino-américaines qui, jusqu’ici, se taillaient la part du lion dans les grilles des télévisions d’Afrique francophone.

Bernard Azria, patron de Côte Ouest, estime à 60 % la part de marché de sa société en matière de fictions diffusées sur les télévisions d’Afrique francophone. On ne peut que se réjouir de la progression des contenus africains au sein de son catalogue. Mais quid des productions francophones ? Bernard Azria cite une série africaine déjà diffusée (« L’histoire d’une vie », 26 x 26’) et annonce son implication prochaine dans la production d’une nouvelle saison.

Pour le Maghreb, il espère impliquer France-Télévisions dans la coproduction d’un feuilleton franco-marocain pour lequel il envisage l’adaptation d’un format étranger. Ce choix, précise-t-il, répond au souci de gagner du temps et d’avoir des garanties en matière d’efficacité des scénarios.

Pierre Barrot
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