Les pratiques sociales et productions médiatiques : la « filmagriotie »

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« Conseiller du roi, le griot[1] avait le pouvoir de le contredire, parfois même de le destituer et de ce fait il pouvait intercéder entre le pouvoir et le peuple (…). La tradition orale était la règle qui régentait les traditions et les coutumes du village… et c’est tout naturellement que les griots gardiens de la mémoire du village étaient au cœur du processus de transmission du patrimoine culturel[2] ».

Il existe depuis peu, un cinéma dénommé cinéma africain. On entend notamment par cette appellation tous les cinémas d’Afrique noire francophone. Ils sont les plus jeunes cinémas au monde, du fait qu’ils n’ont pas eu à rompre avec un cinéma traditionnel antérieur. Avant eux, il n’y avait rien. (Hennebelle : 2005, p. 17). C’est avec l’indépendance des pays francophones en 1960 que les Africains vont réaliser leurs propres films. Jean Pierre Garcia[3] soulignait que le cinéma africain est né avec le film de Sembene Ousmane, Borom Sarret (1963). Un film avec lequel l’auteur pense faire de la formation, de l’information et de la sensibilisation les africains « en opposition au système colonial appuyé sur un cinéma porté sur le divertissement et l’aliénation des publics[4] ». Certains des premiers cinéastes africains, comme Sembene Ousmane, Oumarou Ganda, avaient choisi le cinéma, parce que disaient-ils pour l’influence directe qu’il peut avoir sur un peuple majoritairement analphabète. Eux comme bon nombre de leurs confrères vont trouver au cinéma, le moyen du lutte post colonialiste, pour transmettre facilement et efficacement leur message, pour véhiculer les connaissances afin de permettre aux populations de prendre conscience de leur identité. Dans cette prise de position des cinéastes africains, point de paradoxe de retrouver que les mêmes principes sont défendus par les griots, bien avant la naissance du cinéma.

Avant l’introduction des moyens de communication occidentaux (téléphone, radio, cinéma et télévision), l’Afrique fut une civilisation dans laquelle la communication était en grande partie assurée par le langage oral et non consignée par des textes. La tradition est transmise de bouche à oreille pour alimenter les mémoires. « Dans les pays africains, la parole jouait un rôle essentiel; elle tissait entre les générations passées et présentes un lien de continuité et de solidarité. Les griots étaient les maîtres incontestés de la parole. Si leur origine remonte au VIe siècle, c’est grâce à la fondation de l’empire du Mali, et notamment par Soundiata Keïta en 1235, que va émerger historiquement le rôle de griot. Ils seront soumis à une loi en 1236 qui demandait aux non griots de ne plus s’adresser au public. Dans les cours royales, comme dans la société, ils étaient des appuis et des soutiens puissants au souverain. Historiens, généalogistes et conteurs, les griots, sont aussi des démarcheurs matrimoniaux, des médiateurs et des moralistes. Ils constituent la véritable mémoire archivistique de l’Afrique. Sans les griots il n’aurait existé aujourd’hui ni histoire, ni civilisation et beaucoup de nos valeurs et de nos traditions auraient disparu. Le griot est pour la société africaine, ce que le cinéma est pour l’occidental : le cordon ombilical entre l’homme et sa culture ». (Cedric 2007).

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