ALGERIE : El Djazairia, la télé qui brise les tabous sur les femmes

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La nouvelle chaîne algérienne se positionne à la fois sur le divertissement, la culture, et l’information. Emettant depuis la Jordanie, elle est en lice pour l’agrémentation de nouvelles télévisions privées.

C’est un studio comme une petite bonbonnière, teinté de rose et de mauve, aux formes arrondies et aux coussins moelleux. Sur les canapés, plein centre et face caméra, Bahia Rachedi. La grande comédienne, star des feuilletons télé du ramadan ces dernières années, anime «Djezeriet» («les Algériennes»), l’émission 100% féminine d’El Djazairia, nouvelle chaîne de télévision privée aux capitaux 100% algériens.



Dans ses studios d’enregistrement, dans le quartier de Télemly, à Alger, la jeune équipe s’active, épaulée par ses deux cofondateurs: Karim Kardache, ancien reporter photographe et patron de l’agence Full Media, spécialisée dans l’achat d’espaces et le media planning publicitaire, et le producteur Riad Redjdal, créateur en 2004 de Studio 7 Productions, célèbre notamment pour les émissions Saraha Raha, et Ainek Mizanek, pour l’ENTV (la télévision nationale algérienne).
Relever le niveau du paysage audiovisuel

Amis de longue date, Karim et Riad ont rêvé et porté depuis de longs mois la création de leur propre chaîne de télévision, pour relever le niveau d’un morne paysage audiovisuel algérien, dominé par une ENTV pilotée par le pouvoir.

«J’aurais toujours du respect pour la chaîne qui m’a formé, mais je veux aller de l’avant, développer mes ambitions», explique Riad Redjdal.

Le financement d’El Djazairia est entièrement constitué, pour le moment, des fonds propres des deux responsables. On ne saura pas le montant du budget de départ, mais, à entendre Karim Kardache, on comprend qu’il est conséquent:

«Le business plan est sérieux et précis et le fonds de roulement permet de payer tout le monde».

Soit un noyau, pour le moment, d’une petite quinzaine de personnes. La première année, la chaîne émettra cinq heures par jour, de 18 heures à 23 heures, et emploiera soixante personnes fixes. Elle devrait ensuite générer la création de mille cinq cents emplois directs et indirects.
Forte concurrence en vue

Emettant depuis la Jordanie et diffusée sur le très populaire satellite Nile Sat, El Djazairia est en lice pour l’agrémentation de nouvelles télévisions privées. Aucune loi spécifique n’a encore été discutée, mais le principe de l’ouverture de l’audiovisuel à la concurrence figure dans la loi organique relative à l’information, adoptée par l’Assemblée populaire nationale, le 14 décembre 2011. Les chaînes candidates devront conclure une convention avec la future autorité de régulation de l’audiovisuel. Leur autorisation d’émettre sera délivrée par les pouvoirs publics. D’ores et déjà, cette perspective bouleverse la donne.

Le journal arabophone Echorouk a lancé sa chaîne sur le satellite le 1er novembre 2011. Mais, en guise de programmes, elle ne diffuse jusqu’à présent que des images touristiques de l’Algérie sur fond de musiques traditionnelles. Quelques mois auparavant, le 25 août, le puissant groupe Haddad (infrastructures publiques, hydraulique, transport, hôtellerie…) via son groupe de presse Group Media Temps Nouveaux (Le Temps d’Algérie), avait lancé sa chaîne sur Internet, DzaïrWebTv.

Le journal El Watan a ensuite annoncé le 13 septembre son intention de postuler à la création d’une chaîne de télé. La concurrence promet d’être rude…

«El Djazairia est tolérée, nous avançons dans les interstices de ce qui est autorisé», admet Riad, évoquant un «risque calculé. De fait, le paysage est déjà ouvert, avec le satellite, Internet…»

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