ALGERIE | TIC : Rachat de Djezzy, opérateur mobile

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Après l’annonce du gouvernement de racheter la majorité du capital de l’opérateur de la téléphonie mobile Djezzy, les observateurs de la scène économique se posent déjà des questions quant à la suite qui sera donnée à cette démarche. Pour Karim Djoudi, ministre des Finances, c’est essentiellement une affaire d’intérêt économique. «C’est une opération économique qui a un intérêt pour l’Etat», avait-il assuré. Le ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la Communication, Moussa Benhamadi, a abondé cette semaine dans le même sens.

Il a estimé que grâce à Djezzy, «nous avons des compétences de haut niveau et une carte de visite dans le monde des télécommunications. Djezzy est devenu une référence dans le domaine», a-t-il précisé. Le ministre a rassuré aussi que ces compétences seront maintenues après la conclusion de l’opération.Entamé depuis plus d’une année, le processus d’acquisition de cet opérateur a connu des hauts et des bas.

Ainsi, le gouvernement s’est opposé dans un premier temps au projet de transaction annoncé entre l’opérateur sud-africain MTN et Orascom, en ce qui concerne Djezzy (tout transfert total ou partiel de propriété de cette entreprise d’Orascom vers MTN). Il a même menacé l’opérateur du retrait de la licence de téléphonie concédée à cette entreprise de droit algérien. Il faut rappeler que le ministère a officiellement réagi à cette annonce via un communiqué qui précise : «Dans le cas où Orascom entendrait se désengager d’OTA, il lui reviendrait d’en discuter les termes, selon les règles universelles, avec l’Etat algérien qui a décidé d’exercer son droit de préemption sur la totalité du capital de cette entreprise. Toute tentative de contourner cette décision pourrait conduire, le cas échéant, à la mise en oeuvre de la procédure d’expropriation des actionnaires actuels d’OTA, conformément aux dispositions légales pertinentes.» Suite au rachat par Vimpelcom en mars 2011 de l’italien Wind Telecom qui détenait 51% d’OTH, propriétaire de 97% du capital d’OTA, les donnes ont changé, et le gouvernement algérien devrait maintenant négocier l’acquisition de Djezzy avec ce groupe russo-norvégien. Ainsi, les contacts ont repris entre les deux parties. Des négociations menées dans le secret total ont abouti à la signature, à la fin de l’année dernière, d’un accord de confidentialité entre les deux parties qui permettra la concrétisation d’un protocole d’intention. Cet accord est le fruit des contacts directs confirmés en octobre 2011 par le ministre des Finances, lors de la visite à Alger du patron de Vimpelcom, Jo O. Lunder.

Deux communiqués et des détails

L’accord en question, passé «conformément à la loi de finances», a permis à l’Algérie de prendre la décision de racheter au moins 51 % du capital de l’opérateur téléphonique. Annoncée par le ministre de la Poste et par la suite confirmée par son collègue des Finances, cette décision reste cependant le début d’autres périples afin de clore définitivement ce dossier. En fait, deux communiqués diffusés par les deux parties sont venus fournir de plus amples détails dans cette affaire. «Le ministère des Finances et Vimpelcom Ltd ont procédé, le 7 janvier, à la signature d’un protocole d’accord, dans lequel ils ont confirmé leur intention de poursuivre les discussions en vue d’examiner les modalités d’une éventuelle cession à l’Etat algérien, par Orascom Telecom Holding (OTH), d’une participation majoritaire dans le capital de sa filiale Orascom Telecom Algérie (OTA) », lit-on dans le communiqué du ministère. Ce dernier avait précisé que «l’Etat algérien et Vimpelcom se sont engagés à procéder à une évaluation de l’entreprise de télécommunications, et à entamer les négociations sur les termes et conditions dans lesquels la cession d’une participation majoritaire dans le capital de l’entreprise de télécommunications pourrait intervenir». Toutefois, un détail important figure dans le document. L’accord en question accorde aux deux parties «la liberté d’interrompre à tout moment les discussions en cours».

De son côté, le propriétaire Vimpelcom a posé ces conditions. La transaction devrait répondre à certaines conditions et particulièrement l’obtention d’«un prix acceptable qui arrangera les deux parties» tranche le communiqué du groupe russe. Il ajoute aussi qu’«une telle transaction serait soumise à l’élaboration d’une documentation définitive, un accord mutuel sur le prix». «La signature du MOU entre le ministère des Finances et VimpelCom permettra aussi, selon le même document, d’entreprendre un processus pour aboutir à une estimation d’OTA, et il se fera avec la participation des conseillers financiers de chaque partie ». Il est fait état aussi de l’exigence d’une approbation d’OTH et de VimpelCom. Bien que les choses s’éclaircissent de plus en plus, il y a lieu, tout de même, de souligner que des experts s’interrogent sur la rentabilité de cette transaction d’autant plus que l’Algérie détient déjà un opérateur public. Certains s’interrogent également sur la gestion de cette entreprise au moment où le débat sur le secteur public est à son apogée.

Smaïl Boughazi

La Tribune/16/01/2012