GHANA | TIC : L'Afrique n'est pas un paradis pour Cyber-criminels

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La communication 2.0 des shebab : «L’Afrique n’est pas un paradis pour cyber-criminels»

Comme les adeptes de la fraude 419 au Nigeria, les Sakawa du Ghana ont bâti une mythologie nationale autour de leurs activités lucratives illégales sur internet. Entre culture cyberpunk et tradition ancestrale avec magie noire et train de vie bling bling. ce qui donne lieu à un véritable phénomène de société avec des films et des hits musicaux autour des Sakawa. Derrière cette tendance, des jeunes sans le sou qui s’échinent des semaines entières pour mettre en œuvre leurs cyber-pièges et autres fraudes sur internet. Depuis des cybercafés de fortune, ces Sakawa déploient leurs stratagèmes avec des techniques rudimentaires et abusent de la crédulité d’occidentaux. Ou comment devenir riche rapidement, sans prendre les armes…

ormé en Grande-Bretagne, le jeune expert ghanéen en cyber-sécurité Albert Antwi-Boasiako vient de fonder le e-Crime Bureau à Accra. Un nom digne d’une agence d’intelligence américaine pour cette entreprise qui mène des enquêtes de cyber-criminalité régionale et qui développe des solutions de cyber-sécurité pour les grands groupes et pour les gouvernements. Il travaille parfois en collaboration étroite avec les services de renseignement pour mener des enquêtes et avec la police pour former des cyber-agents à ces menaces qui sévissent sur les territoires numériques. Entretien.

Slate Afrique: Quelle est la situation en terme de cybercriminalité dans la région ?
Albert Antwi-Boasiako: On constate des menaces cybersécuritaires grandissantes particulièrement au Ghana et au Nigeria. Ces dernières années, des groupes de délinquants et des individus isolés se sont investis dans la cybercriminalité où les profits peuvent être très rapides.
Les techniques les plus courantes ?
Le vol d’identité numérique, les fraudes sur les sites de vente aux enchères comme eBay, le clonage de site web, et le vol de données bancaires. Il ne faut pas oublier que a fraude 419 provient de la région et a été largement éprouvée au Nigeria et dans les pays voisins. Des rapports internationaux pointent ces activités cybercriminelles dans la région. C’est inquiétant.
Les motivations restent principalement financières ?
Le terme «Sakawa» est entré dans le vocable de la cyber-criminalité tout comme le terme «419» auparavant. Et ce sont devenus des termes populaires voire des mythes dans la société d’Afrique de l’Ouest anglophone. Certains considèrent ces cyber-criminels comme des héros locaux du 21ème siècle. C’est le syndrome du «Deviens riche vite» qui motive ces cyber-criminels. Le plus souvent ce sont des jeunes qui se lancent dans ces activités illégales sur internet.

Leurs cibles ?
Cela a commencé avec des cibles faciles : des occidentaux qui se laissent appâter par un profil d’une jolie demoiselle et qui envoie de l’argent pour l’aider ou la faire venir en Europe…Désormais les cibles se sont étendues aux institutions bancaires nationales, aux entrepreneurs locaux, aux investisseurs étrangers.
Certains pointent l’Afrique de l’Ouest comme un «paradis pour pirates informatiques»…
Des rapports vont dans ce sens et citent notamment le Ghana et le Nigeria comme des pays leaders dans la cyber-criminalité. Mais je suis sceptique. L’Afrique n’est pas un paradis pour cyber-criminel. Car il n’y a pas de véritables statistiques crédibles à ce sujet. Et sans données statistiques, ces affirmations ne sont pas fiables. Par exemple, la Russie et les Etats-Unis ont toujours été très en pointe sur le cyber-crime et les cyber-attaques avec des techniques complexes et redoutables comme des cryptovirus. Et il y a des rapports chiffrés à ce sujet. En Afrique, ce sont des jeunes sans connaissances en cryptologie ou en informatique qui mènent ces actions illégales à la portée de tous.
Et d’un point de vue législatif ou encore de lutte contre cette cyber-criminalité ?
C’est certainement sur ce terrain que les organisations étatiques doivent évoluer. Car pour un pirate malveillant, un État sans loi anti-piraterie et sans autorités policières compétentes pour lutter contre ces pratiques peut avoir des allures de «paradis». Mais le secteur privé doit aussi prendre conscience de cette menace et sécuriser ses données et prendre des mesures préventives et défensives. Car sinon, gouvernements et entreprises seront des cibles faciles. Et cela pourrait mettre en péril l’économie du pays et sa stabilité.
Comment voyez-vous l’avenir cyber-sécuritaire en Afrique ?
Je suis optimiste. La cyber-criminalité est un phénomène relativement nouveau en Afrique. Et même si la plupart des États d’Afrique sont en retard sur les autres continents, ils prennent rapidement conscience des enjeux et agissent. L’Ouganda a récemment adopté une loi contre la cyber-criminalité et la République de Maurice a mis en place l’un des meilleurs Computer Emergency response Team (CERT) d’Afrique. Et un projet de mise en place de CERT a aussi commencé au Ghana où les législateurs se penchent sur une loi contre la cybercriminalité. Avec l’appui des Nations Unies qui ont développé un centre Africain de prévention de la cyber-criminalité. Mais tout l’enjeu pour l’Afrique sera la capacité des Etats à mutualiser leurs efforts et leurs infrastructures pour coopérer. Le rapport aux frontières a changé sur les territoires numériques et c’est la seule solution pour faire baisser la cyber-criminalité à l’échelle du continent. Mais il va aussi falloir être réactif et prendre très rapidement en compte le boum des mobiles en Afrique qui sont de nouvelles cibles pour les pirates et de nouvelles menaces pour les experts en cyber-sécurité.

Écrit par Joan Tilouine

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