BENIN | MEDIAS : M.Médias milite pour les productions africaines

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Ben Mourou

Ben Morou est le directeur général de M.Média Afrique, une société de distribution et de diffusion de programmes TV basée au Benin. A la faveur d’un séjour à Ouagadougou, fasozine.com lui a demandé de jeter son œil de professionnel sur la « guerre » opposant les séries télévisées africaines aux séries sud-américaines et orientales.

Fasozine.com: Quelles types de programmes distribue M.Média Afrique?

Ben Morou: En termes de distribution, nous couvrons la zone Afrique de l’ouest qui regroupe le Bénin, le Togo, le Burkina, le Mali et le Niger. Nos programmes sont de trois types: les feuilletons télénovelas, les séries américaines et les séries africaines. Dans quelques mois, nous nous lancerons dans la production. Il s’agira essentiellement de séries africaines, car nous sommes avant tout des Africains. Ces séries décrivent nos réalités.

Parmi ces programmes, quels sont les plus prisés?

En réalité, chaque programme correspond à des cibles. Tous les programmes sont prisés. Cela dépend de la cible que vous voulez toucher. Par exemple, la catégorie des décideurs s’intéressera aux séries américaines parce qu’ils retrouvent des éléments qui leur sont propres. Les séries africaines intéressent tout le monde, hommes ou femmes. Quant aux feuilletons télénovelas, ils sont plus prisés par les dames, même si ces films décrivent souvent des situations qui ne sont pas compatibles avec nos réalités.

Au Burkina Faso, je peux dire que la tendance s’oriente plus vers les séries africaines au détriment des télénovelas. Si nous prenons en compte l’audimat, nous constatons que les amateurs de ce type de feuilletons sont composés à 80% de femmes et de jeunes. Mais de manière générale, on peut dire que les séries africaines sont en train de rivaliser avec les feuilletons sud-américains.

Est-ce donc à dire que le constat selon lequel les feuilletons sud-américains supplantaient les séries africaines est dépassé?

Cela est relatif. D’une part, nous pouvons dire que la situation est toujours la même parce que les télénovelas sont produits en quantité industrielle et que nous avons longtemps habitué nos populations à ces films. De ce fait, il sera très difficile de les faire disparaître par un coup de baguette magique. D’autre part, nos populations commencent à apprécier les séries africaines, qui reflètent leurs propres réalités. De plus en plus, les parents refusent de laisser leurs enfants suivre les télénovelas, qui véhiculent des valeurs contraires à la morale africaine.

En outre, avec l’introduction de séries hindoues, la donne est en train de changer, même si ces séries diffusent une culture différente. Mais il faut dire que les télévisions africaines ont adopté ces derniers temps une politique qui vise la promotion des séries africaines. Le meilleur exemple est donné par le Burkina Faso, qui arrive à imposer des séries africaines aux chaînes de télévision du continent et d’ailleurs.

On constate actuellement que les productions hindoues sont en train de prendre le pas sur les télénovelas. A quoi cela est-il dû?

C’est parce qu’un travail a été fait dans le domaine du cinéma en Inde. Il faut que l’Afrique commence à travailler sérieusement afin que nos populations puissent consommer les productions de chez nous. Nous devons aussi exporter nos films à l’extérieur afin que les autres découvrent la culture africaine. Si les films produits en Inde rivalisent avec les productions sud-américaines, c’est aussi parce qu’ils ont une certaine pudeur, ce qui n’est pas le cas des feuilletons télénovelas. Mais, de toutes les façons, ce sont les productions africaines qui sont les meilleures car elles décrivent nos réalités.

Cette domination des films indiens ou sud-américains sur les séries africaines peut aussi s’expliquer par leur faible coût…

C’est une évidence. Le faible coût des séries sud-américaines et hindoues est dû au fait qu’elles sont produites en quantité industrielle. Cela réduit considérablement les coûts. En matière de production télévisuelle, plus vous produisez, plus vos charges diminuent. En termes de comparaison, un film hindou coûte en moyenne 100 000 F CFA, là où le film africain coûte 150 000 F CFA. Au regard de cette situation, nous n’arrivons pas à concurrencer ces séries qui viennent de loin. Il revient à nos Etats de trouver des politiques en vue de favoriser la promotion de nos films.

Que visez-vous exactement en vous investissant dans la production?

Je vise deux choses. Dans un premier temps, je suis directeur général d’une structure créée il y a cinq ans, avec une durée de vie de 99 ans. Pour cela, nous devons pérenniser l’activité. Aujourd’hui, les télévisions africaines demandent des programmes africains. Il faut que nous nous mettions dans la danse afin de produire suffisamment de films afin de répondre à la demande croissante. Sans cela, les séries venant de l’étranger vont nous supplanter.

Dans un deuxième temps, il faut que les gens puissent produire. Et pour y arriver, nous devons avoir les moyens, c’est-à-dire aller en production ou en coproduction et pouvoir présenter quelque chose aux téléspectateurs dans deux ou trois ans.

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