Maroc : Les fragiles débuts de l'Actu en ligne

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Une nouvelle génération de jeunes journalistes marocains tente l’aventure internet. Avec des fortunes diverses : le succès d’audience est souvent au rendez-vous, mais le modèle économique aléatoire.

Généralisation de l’accès à internet, tassement de la diffusion de la presse papier, procès en rafale, assèchement de la manne publicitaire, tout semble concourir à pousser les journalistes marocains les plus en vue à sauter le pas du web. Un saut dans l’inconnu.

Vidéos-chocs

Illustration le 30 septembre dernier : le site d’information francophone fr.lakome.com ferme, huit mois après sa création. Le communiqué de la rédaction invoque « l’absence, pour le moment, d’un modèle économique robuste ». Dirigé par Aboubakr Jamaï, fondateur du Journal hebdomadaire (titre qui avait popularisé la presse indépendante à la fin des années 1990 avant sa liquidation judiciaire, en 2009), le projet se met en veilleuse, contrairement à son pendant arabophone lakome.com, lequel vivote sans avoir résolu la question de son financement, depuis son lancement, en décembre 2010. Ali Anouzla, patron de lakome.com, vient lui aussi de la presse écrite. Longtemps correspondant du quotidien panarabe Asharq Al-Awsat, il a fondé plusieurs journaux ces dernières années, avant de se convertir au web.

Pari

Avantage au web arabophone donc, pari fait par Ahmed Najim, aujourd’hui patron du site goud.ma. Cet ancien journaliste de l’hebdomadaire Nichane est convaincu que le papier est un combat perdu. « Quand je me suis lancé, début février, quelques semaines avant les manifestations du 20 février, tous mes confrères me prenaient pour un fou. » Jeune journaliste au début des années 2000, Ahmed Najim collabore déjà au pionnier arabe des sites d’informations elaph.com, site qui a depuis englouti une partie de la fortune du Saoudien Othman al-Omeir. Preuve s’il en est que la recherche d’un modèle économique n’a pas encore abouti. Ce n’est pas assez pour décourager Ahmed Najim : « La fréquentation de goud.ma progresse régulièrement. En septembre, le portail totalise 7 200 000 pages lues. En rythme quotidien, nous recevons 45 000 visiteurs uniques, dont un peu plus de 10 % d’utilisateurs de smartphones. » Le défi, aujourd’hui, est de trouver un actionnaire solide pour investir dans deux types de contenus qualitatifs : les reportages vidéo et les articles d’investigation.

Vidéos-chocs

Hespress.com, septième site le plus visité au Maroc, juste derrière les géants Facebook, YouTube et Google, et devant Yahoo! ou Wikipédia, est sur une autre ligne. Le site, primé par les Maroc Blog Awards 2011 dans la catégorie Portail d’information, est installé depuis 2007 et attire une clientèle friande de vidéos-chocs et d’articles repiqués à la presse écrite dès les premières heures de sa diffusion en kiosques. Résultat : 14,8 % de part de marché internet en mai 2011, selon le rapport « Mapping Digital Media : Morocco », publié par Open Society.

Dans un pays où la population est jeune, friande de nouvelles technologies, Ahmed Najim est sûr d’avoir choisi un marché d’avenir, même si les rentrées publicitaires (seule source de revenus d’un portail totalement gratuit) sont toujours nulles. L’équipe vient de décrocher quelques contrats publicitaires annuels avec un opérateur de téléphonie mobile et… des annonces du ministère de l’Intérieur. « Le ministère nous a ciblé dans sa campagne d’inscription aux listes électorales, avant le référendum constitutionnel de juillet. Ils viennent de nous retenir pour les législatives du 25 novembre », se réjouit Najim. Il y voit une reconnaissance de son audience jeune, branchée et plutôt en phase avec sa ligne laïque. Son grand coup a été la publication du texte du projet de Constitution, avant même sa présentation officielle par le roi, le 17 juin dernier. Un vrai scoop. Le premier du webjournalisme marocain.

Par Youssef Aït Akdim
Jeune Afrique
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