CAMEROUN | MEDIAS : des médias entre corruption et précarité

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C’est ce qui ressort de l’édition camerounaise du baromètre des médias africains. Le document a été présenté hier, à Yaoundé.Conditions de travail et de vie des journalistes, intégrité des hommes de médias, liberté de presse, exactitude et impartialité dans le traitement de l’information.

Des indicateurs et bien d’autres qui ont suscité l’intérêt des membres d’une commission constituée d’une dizaine d’experts (journalistes, universitaires, membres de la société civile) qui, du 9 au 10 avril, s’est réunie à Ebolowa pour passer la sphère médiatique camerounaise au scanner.

Les travaux ont abouti à la confection de la version camerounaise du baromètre des médias africains. Le document a été présenté hier, jeudi,  à Yaoundé, dans la salle de conférences de l’hôtel Djeuga Palace de Yaoundé. L’initiative est de la Fondation Friedrich Ebert. Responsables des médias, journalistes, membres de syndicats des journalistes, membres de la société civile étaient présents à la cérémonie.Dans son allocution, le représentant résident de Friedrich Ebert Stifung au Cameroun, Mirko Herberg, a tenu à préciser que le rôle de  la fondation politique allemande dont il a la responsabilité se limite « uniquement au convocateur du panel … le panel des experts locaux est responsable du contenu de la discussion et du rapport qui ne représente pas ou ne réflète pas les vues de la Friedrich Ebert Stifung », a-t-il souligné. Pour sa part, l’ambassadeur d’Allemagne au Cameroun, Reinnard Buchholz, dit avoir engagé des discussions avec le gouvernement camerounais au sujet de l’amélioration de l’accès à l’information, de la  protection des sources et la consultation des journalistes lors de l’élaboration des lois spécifiques. Le diplomate a indiqué qu’« il ne peut avoir de liberté de presse lorsque les journalistes vivent dans un environnement de pauvreté, de corruption et d’angoisse », non sans inviter les ouvriers de la plume et du micro au respect de la déontologie professionnelle.

La synthèse du baromètre des médias au Cameroun a été communiquée au cours de la cérémonie par Henriette Ekwe, journaliste et directeur de publication du journal Bebela, et Nkendem Forbinake, éditorialiste à Cameroon  Tribune, tous deux membres du panel d’experts. Le panel a été coordonné par le politologue Aboya Manassé Endong.L’édition camerounaise du baromètre des médias africains est un document de 114 pages rédigé en français et en anglais, qui recense près de 45 indicateurs prédéfinis. Les notes d’évaluation vont de 1 (non-respect de tous les critères d’indicateurs) à 5 (respect de tous les critères) et une comparaison a été établie par rapport à l’édition de 2008. L’on remarque, en parcourant cet ouvrage, que, du point de vue de la protection de la liberté des médias par la constitution et les lois, le Cameroun enregistre un 5/5.

Une amélioration par rapport à 2008 où le pays de Pius Njawe a réalisé un pointage de 3.4 /5. Cependant, si le baromètre des médias africains reconnaît une effectivité de la liberté de la presse, beaucoup de choses restent à faire concernant les conditions de travail et salariale des journalistes, ainsi que l’intégrité des hommes de médias.Dans l’un et l’autre indicateurs, le Cameroun enregistre les plus mauvais pointages. Respectivement 1 et 1.2 sur 5. Dans d’autres aspects tels que  la protection des sources confidentielles, l’accessibilité de l’information publique, l’indépendance éditoriale des médias privés vis-à-vis de leur propriétaires, le Cameroun est également  mal loti par le système de notation.

Le baromètre des médias a été créé en 2004 par le projet ‘média’ de la fondation Friedrich Ebert.

 

Réactions

Albert Patric Eya, journaliste Afrique média:« Tous les types de médias ne figurent pas dans le panel »

L’initiative en elle-même est très bonne et elle est à encourager, elle permet d’avoir une idée assez clair de ce qui est fait dans le monde des médias au Cameroun. Maintenant, on peut quand même soulever quelques petites insuffisances, notamment au niveau de la constitution du panel parce qu’on se rend compte que c’est un panel qui est constitué en majorité des gens qui sont dans un certain type de média, je veux parler de la presse écrite, on n’a pas tenu compte de toutes les familles médiatiques, notamment audiovisuelle et cybernétique, pour faire un travail aujourd’hui sur les médias, il faut tenir compte de tous ces aspects de la chose. Et puis, on a beaucoup plus l’impression qu’il s’agit d’une évaluation de ce que le gouvernement fait en termes de liberté d’expression et des médias dans un pays et pas toujours d’une évaluation de la vie des médias dans ce pays, c’est vrai qu’on soulève des aspects d’auto-évaluation des médias et des aspects professionnels, mais il faudrait qu’on élargisse l’assiette du panel pour qu’on puisse avoir un sondage qui part des médias, qui est analysé pour donner ce baromètre.

 

Christophe Bobiokono, sécrétaire général de l’union des journalistes du Cameroun (Ujc):« Le choix des panelistes n’a pas été heureux »

Je crois que l’initiative est louable, et comme ce n’est pas une première fois, on peut dire merci à la fondation Friedrich Ebert qui prend cette initiative. Mais malheureusement, cette année, le choix des panélistes n’a pas été très heureux. La personne qui, dans le panel apparait comme l’expert du droit de la presse n’est pas expert dans la presse parce qu’elle n’enseigne pas le droit de la presse, elle ne pratique pas le droit de la presse, elle n’est même pas juriste mais plutôt un politologue. En aucune façon, M. Aboya Endong Manasse ne peut être considéré comme un expert du droit de la presse, et à partir de là, on comprend un ensemble de faiblesses qu’il y a dans le document, notamment du point de vue des constats sur l’environnement juridique de la presse. Comme c’est un baromètre, la notation a du être influencée par ces constats sur l’environnement juridique de la presse qui n’est pas bien.

Propos recueillis par Michel Biem Tong (stagiaire)

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