Cameroun, Afrique : Réseaux sociaux contre médias traditionnels

Publié par & dans la catégorie Médias.

Les patrons de presse du continent débattent à Tunis dès demain sur la menace qui pèse sur leur industrie.
Entre le mois de janvier et d’avril de cette année, l’Afrique a assisté à des bouleversements sociaux qui ont modifié le sommet de plusieurs pays. De Tunis au Caire, de Tripoli à Damas, de Sanaa à Casablanca, grâce à la technologie du téléphone portable, le monde a été arrosé d’images et de sons en temps réels sur le déroulement des mouvements d’humeur des foules, mécontentes de la manière dont les gouvernements assuraient la gestion des libertés. Ces images et les commentaires qui en ont découlé, défilaient en boucle sur plusieurs réseaux sociaux, devenus pour la circonstance, la source à laquelle s’abreuvaient les la presse écrite, la télévision ainsi que la radio.
En dehors de ces évènements, le monde des médias est de plus en plus secoué par l’invasion de la technologie du téléphone portable qui fournit à la Toile images et sons en temps réels sur tout ce qui se fait dans le monde. Du coup, cameramen, photographes, bancs de montages et autres rotatives subissent une concurrence d’un autre genre qui affecte plusieurs unités de production de l’information. C’est pourquoi les patrons de médias du continent réunis autour de l’African media leader forum (Amlf) qui s’ouvre à Tunis demain, ont consacré le thème de cet évènement à la question de l’avenir des médias traditionnels face à la montée en puissance des réseaux sociaux. «Nous assistons à des changements radicaux dans le paysage médiatique avec l’irruption de plus en plus croissante de nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’émergence d’appareils mobiles comme principaux éléments de plateformes de collecte et de diffusions de nouvelles et d’opinions», soulignent les organisateurs.

La conséquence immédiate de cette situation, d’après les responsables de l’Amlf qui tient sa quatrième session, est le bouleversement dans les modes de distribution. «Les contenus sont maintenant tributaires d’appareils pour atteindre les divers publics, en compétition avec les rotatives et les ondes», peut-on lire sur le site de l’évènement. Pour le président de l’African media initiative (Ami), Amadou Mahtar Ba, le «printemps arabe» dont les fragrances n’ont pas fini d’enfumer l’Egypte, la Libye, le Maroc, le Yémen, la Syrie, et beaucoup d’autres pays, constitue le déroulement d’une Histoire qui n’a pas encore fini d’être écrite. «En tant que patrons et décideurs de média, nous ne pouvons pas ignorer les changements fondamentaux que nos sociétés subissent et leurs profondes conséquences sur la nature même de notre industrie», indique Amadou Mahtar Ba.

L’invasion des contenus de nouvelles et des tranches d’information par les réseaux sociaux qu’arrosent les téléphones portables pose, selon le président de l’Ami, la question de la pertinence des médias traditionnels. «Nous sommes tenus de regarder la situation actuelle de façon critique, non seulement pour analyser ses causes profondes et ses conséquences immédiates, mais aussi pour poser l’inévitable question de la pertinence de nos média, cela dans un contexte marqué par des mutations technologiques sans précédent qui ont affecté la manière même de collecter et de distribuer les informations et les nouvelles», précise-t-il. Aussi, poursuit le Pdg qui interroge la mission première des médias et des journalistes, les journalistes doivent-ils se remettre en question. «Sommes-nous toujours la voix des sans voix? Nos outils de communication sont-ils encore adaptés à délivrer des messages et à toucher les audiences les plus larges possibles? Le quatrième pouvoir est-il en péril?»

Les organisateurs du forum qui traitera aussi pendant sa durée des questions liées aux problèmes de financement et de développement des affaires, de la technologie et de l’innovation ainsi que de  l’éthique et du leadership dans les entreprises de presse du continent, pensent que l’irruption des réseaux sociaux a fortement érodé le marché publicitaire en direction des médias. Car, soulignent-ils, pendant que le nombre de minutes d’antennes, de pages ou d’espaces de publicité se réduit chaque jour, sur le Web, c’est infini. Aussi, ce paradoxe qui change le modèle de fixation des grilles tarifaires sur la publicité devrait amener les patrons de presse à définir de «nouvelles stratégies d’engagement pour les médias traditionnels».

Au-delà des questions liées à la faiblesse supposée des contenus, l’exemple des quotidiens français Le Monde, Libération ou encore l’hebdomadaire Le Canard enchaîné, englués dans une crise depuis quelque temps, est là pour rappeler selon des professionnels que c’est un argument tiré par les cheveux. Car, l’on assiste à des mutations à tous les niveaux de la société : les habitudes de lecture des lecteurs qui téléchargent les contenus sans débourser des sous et surtout les plagiaires qui bricolent des contenus de journaux réputés dans leurs blogs. Lors de la dernière édition de l’Amlf, Amadou Mahtar Ba indiquait déjà que «les nouveaux métiers à travers le monde sont confrontés à des mutations fondamentales en raison de changements dans les contenus, les profils démographiques, et la technologie».
Pierre Célestin Atangana

Extraits des résolutions de Yaoundé

Les Patrons des media d’Afrique définissent une nouvelle orientation
Les patrons des média pris l’engagement d’améliorer leurs pratiques managériales et de combattre la corruption et le manque d’éthique dans le secteur des media.

«C’est un moment décisif pour une aube nouvelle au sein des médias d’Afrique», a déclaré Trevor Ncube, patron du Mail & Guardian d’Afrique du Sud et co-président de l’Initiative Pour les Médias d’Afrique (Ami), l’organisme continental qui organise le Forum des Leaders des Médias d’Afrique (Amlf).
Le Forum annuel a réuni en sa troisième édition plus de 293 propriétaires de médias venus de 48 pays d’Afrique, ainsi que des experts internationaux des médias. Le but de la réunion était de parvenir à un consensus autour de la meilleure façon de développer un secteur qui répond aux besoins d’un paysage médiatique en pleine mutation, tout en insistant sur la préservation des normes professionnelles et éthiques du journalisme. Présents à cette réunion, les représentants des institutions financières d’Afrique se sont engagés à aider les entreprises de medias dans leur transformation en institutions viables et en pourvoyeurs efficaces d’informations crédibles.
«Les nouveaux métiers à travers le monde sont confrontés à des mutations fondamentales en raison de changements dans les contenus, les profils démographiques, et la technologie», a déclaré Amadou Mahtar Ba, président de l’AMI. «En réunissant les propriétaires des médias d’Afrique, l’AMLF espère mettre en relief les questions essentielles pour le développement des médias et de la démocratie en Afrique.»

Source : africanmediainitiative.org

Écrit par Pierre Célestin Atangana

Quotidien Mutations, Cameroun