Notre ami Alcinou Da Costa s'en est allé

Publié par & dans la catégorie Communication, Médias.

Notre ami et consultant international en communication qui a fait du savoir-être en journalisme, une question éthique, est décédé mardi à Paris.

La nouvelle qui a bouleversé plus d’une rédaction en Afrique mercredi, 31 août 2011, au réveil, a été confirmée par différentes agences de presse dont l’Afp, Afrique en ligne et Pana. L’un des plus anciens collaborateurs de l’Agence panafricaine d’Information (Panapress), Alcinou Louis Da Costa, est décédé mardi, 30 août à l’Hôpital américain de Neuilly, près de Paris, des suites d’une maladie.
D’après de sa famille, malade depuis quelque temps Alcinou Da Costa «est resté très courageux». En mars dernier, alors qu’il parlait de son état de santé à ses amis par courriel, Xavier Messè suggéra à son épouse Julienne d’éloigner du malade tout équipement pouvant lui susciter l’envie de travailler.
A l’occasion, Alcinou Da Costa écrivit ceci à ses amis : «De retour à Paris le 26 janvier après mes vacances dakaroises, j’ai effectué comme d’habitude mon bilan annuel qui a révélé une anomalie au poumon gauche nécessitant une action urgente. J’ai donc été hospitalisé le 7 mars et opéré le 9. J’ai subi une pneumonectomie. Après la réussite de cette lourde intervention chirurgicale, j’ai regagné mon domicile le 22 mars. Mon chirurgien me soumet à un repos complet en avril et mai et promet que je serai opérationnel à partir du 1er juin».

Figure connue et respectée du journalisme africain, Louis Alcinou Da Costa, 72 ans, avait dirigé jusqu’en 1980 le prestigieux hebdomadaire catholique «Afrique Nouvelle», avant de rejoindre le service d’information de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la culture et la science (Unesco) dont il finira par diriger le Bureau d’information du public (Pbi).
En dépit de la maladie qui le minait, Alcinou Louis Da Costa dont l’entourage a immédiatement annoncé le rapatriement de la dépouille mortelle à Dakar, est resté très actif. D’ailleurs, nombre de ses jeunes confrères du continent africain, disent de lui, qu’il «ne s’arrête jamais, notamment quand il parle du journalisme. De sa pratique par les plus jeunes». Pendant son long parcours, de nombreux confrères africains l’auront présenté comme une grande figure du journalisme sénégalais. Un trait de son portrait qu’il tempérait par humilité et modestie, affirmant qu’il a bénéficié d’un contexte spécial. A la fois «chanceux et privilégié», il doit son itinéraire à la bonne connaissance du monde médiatique de l’Afrique de l’Ouest. Puis, d’une large partie du reste du continent. Il a été «influencé» dans son «travail de journaliste par l’indépendance de l’Afrique, notamment du Sénégal».

Immigré
Si son premier poste l’a conduit dans une structure dépendant de la présidence du Conseil du gouvernement sénégalais, que dirigeait Mamadou Dia, il eut la chance de faire partie de l’équipe placée sous la responsabilité d’Alain des Mazery, «un très grand journaliste français, de l’Ecole humanisme et développement», comme il aimait à le présenter. Celui que l’on présente comme un grand confrère sénégalais aura cependant vécu une très active retraite de consultant international en communication. Il a à cet effet, érigé de la formation des journalistes, son ministère. Un virus dont il est inoculé depuis son année de passage (1965) au Centre international d’enseignement supérieur de journalisme de Strasbourg, en formation spécialisée agence de presse.
C’est au sortir de cette formation qui lui vaut un stage de trois mois à Maghreb Arab Press (Map) à Rabat, suite aux deux mois passés après à l’Afp à Paris, qu’il fait la connaissance du monde arabe. De retour au Sénégal, il est affecté à l’agence de presse locale dont il devient le rédacteur en chef en 1967.

Membre du syndicat de la presse, il est au front des grands combats qui marqueront son pays l’année suivante, avant d’aboutir à l’adoption d’une convention collective des journalistes et à une nouvelle grille des salaires. En 1972, Alcinou entre au quotidien « Le Soleil » dont la direction de l’époque cherchait à mettre en place un réseau de correspondants à l’intérieur du pays. Il voit en l’ancien commissaire à l’information de Diourbel, la personne indiquée.
«C’est là-bas qu’est venu me prendre l’archevêque de Dakar, Mgr Hyacinthe Thiandoum», rappelle celui qui allait diriger, jusqu’en 1980, l’hebdomadaire catholique de l’Afrique de l’Ouest «Afrique Nouvelle». De ce titre prestigieux lancé par les Pères Blancs en 1947, Alcinou Da Costa dit avoir été de «toutes les grandes causes d’Afrique noire et d’Outre-mer». Alors âgé de 35 ans, totalisant 12 ans d’expérience professionnel et un parcours déjà riche, Alcinou Da Costa intervient souvent au Centre d’études des sciences et techniques de l’information de l’université de Dakar, une école de journalisme à vocation régionale financée par la coopération canadienne et française.

Fils d’immigré capverdien, M. Da Costa est aussi coordinateur, pour toute l’Afrique, de l’Union catholique internationale de la presse (Ucip). Ce qui ouvre à l’Ucip, les portes de la presse catholique du continent, en particulier vers les pays anglophones d’Afrique de l’Est et de Madagascar. Cette période de sa vie professionnelle est marquée par de nombreux et très riches contacts, au niveau international.
Il est en relation avec le Forum du tiers-monde, l’Institut latino-américain d’études transnationales (Ilet) et de très nombreuses organisations liées au mouvement des Non-alignés. D’où surgit, dans ces années-là, la revendication pour un «Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (Nomic)». Alcinou et ses partisans en font le pendant du contre-pouvoir du «Nouvel ordre économique international».
En juillet 1980, il quitte «Afrique Nouvelle» pour rejoindre l’Unesco et son service d’information, où il va passer près de 20 ans jusqu’à l’heure de la retraite, en 1999. Ici, il pratique le travail en équipes multiculturelles et l’art de la communication institutionnelle, ou l’autre versant de l’information. Dans ce long et riche parcours, il a constamment privilégié l’exigence d’un journalisme à la fois responsable et indépendant. Depuis lors, le formateur parcourt le continent.

Comme ce fut le cas en mars 2009. Comme ce fut le cas la semaine dernière à Yaoundé, à la faveur de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de presse ou, comme ce fut le cas en 2004 à La Réunion. Artisan de la Déclaration de Windhoek qui suscitera la référence à la date du 03 mai, Alcinou Da Costa, qui fut très indépendant d’esprit, a pourtant débuté sa carrière comme commissaire à l’information au ministère de l’Information pour la région de Diourbel.
Très marqué par la personnalité rayonnante de Mamadou Dia, qui a très vite disparu de la scène officielle dans les turbulences politiciennes du jeune Sénégal, il le sera aussi par Léopold Sedar Senghor, qui garde les rênes du pouvoir jusqu’en 1980. Toujours au courant et d’un optimisme à toute épreuve, Alcinou croit à l’avenir d’une presse africaine.
Lors de son dernier séjour dans la salle de rédaction du quotidien Mutations le 11 mai 2010, Alcinou avait renouvelé son pari pour cela sur la formation : «Actuellement, je m’intéresse particulièrement à la formation des jeunes journalistes et, depuis que j’ai pris ma retraite en 1999, j’essaie de donner un coup de main à travers l’Afrique parce que je suis un homme d’intégration. Je parle peu de ma nationalité alors que je suis fils d’immigré capverdien au Sénégal», avait-il répondu aux jeunes journalistes qui lui posaient des questions sur son magistère.

Emulation
Avec passion, celui dont les initiales ont fini par se confondre aux sigles des organisations sous-régionales en Afrique de l’Ouest, parla, avec détermination, de la presse camerounaise : «Elle a de la qualité, elle a du bon. Dommage que Cameroon Tribune, qui aurait pu dans ce cadre-là jouer un rôle décisif, ne le fasse pas jusqu’au bout», avait lancé Alcinou Da Costa.
Optimiste pour l’avènement de groupes de presse, il souhaita que la South Media Corporation inspire d’autres groupes. «Ils tirent l’ensemble par le haut, suscitent une émulation et donnent à rêver, dans un secteur jadis malmené par la télévision et très mis à rude épreuve aujourd’hui par Internet». S’il restait convaincu, malgré les évolutions technologiques, que la presse écrite ne peut mourir, il n’a de cesse demander aux dirigeants des organes de presse écrite d’innover notamment en matière de leur approche de l’économie des médias. Dans un Cameroun disposant d’une presse en expansion, Alcinou conseille au journaliste l’humilité. A ce titre, il encourage ses jeunes confrères à densifier leurs savoirs. Il les exhorte ensuite au savoir-faire. Il s’agit de mettre en oeuvre les savoirs généralement bien appris. «Il faut ensuite, les assimiler pour mieux s’en servir quotidiennement dans son travail», martèle Louis Alcinou Da Costa, qui promeut ensuite le savoir être.

Adossé sur le respect et la dignité du journaliste, «ce pilier, relève celui qui n’a eu de cesse de rappeler à ses plus jeunes confrères qu’ils sont ses petits enfants, est capital pour le journaliste qui veut aller loin. C’est lui qui donne de la valeur au plan social». Sans fioritures, sur l’actualité récente au Cameroun, Alcinou Da Costa, qui connaissait la réputation d’Etat policier de ce pays, a déploré à l’époque, «la violation des droits humains à l’instar du cas du défunt Bibi Ngota, dont le bulletin de santé a été lu au monde entier par voie de presse». S’il trouva scandaleux cette approche de la gestion de «la mort en prison sans soins» de Germain Ngota Ngota, il pourfendit surtout l’atteinte à la dignité humaine dont le disparu a été victime. Regrettant que la famille du défunt n’ait pas été épargnée par cette sortie malheureuse, il n’hésita pas à dire qu’on a «porté atteinte à l’humanité des enfants et à son épouse».

Promoteur de l’intégration africaine, le Capverdien de nationalité sénégalaise estime qu’il était prédisposé à cette situation : «Je m’intéresse à la formation de la nouvelle génération. J’estime tout simplement que, pendant ma carrière, j’ai eu beaucoup de privilèges, beaucoup de chance, j’ai beaucoup reçu et c’est à mon tour de donner. J’ai travaillé avec des confrères d’autres pays comme Jean Paul Bayemi du Cameroun, le Voltaïque Simon Kiba à qui j’ai succédé à la tête de la rédaction de ‘Afrique Nouvelle’». Des réalités de la vie professionnelle qui lui ont donné l’occasion de nouer des relations spécifiques avec certains pays d’Afrique. Comme c’est le cas avec le Burkina Faso, un pays auquel il s’est dit, tout son itinéraire durant, particulièrement attaché.
Des projets et des tranches de vie qui ont pris fin mardi dernier. Mais qui survivront à Alcinou Da Costa pour l’éternité.

Léger Ntiga