Réseaux sociaux en Afrique : un marché en plein boom

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À l’instar des autres continents dans le monde, l’Afrique doit faire face à l’explosion des réseaux sociaux dont le succès est encouragé par l’utilisation massive des téléphones mobiles sur le continent. Selon un rapport de l’Union internationale des télécommunications, avec plus de 400 millions d’abonnés, le marché africain, plus important que le marché nord-américain, a précédé le reste du monde dans le passage de la téléphonie fixe vers la téléphonie mobile. Cette explosion du marché de la téléphonie mobile combinée au faible taux de pénétration de l’Internet en Afrique (le plus faible du monde) en raison notamment des difficultés de connexions, au manque d’équipements et des coûts exorbitants des connexions haut débit, explique le succès et la croissance de l’utilisation des réseaux sociaux.

Les 100 millions d’internautes africains comptabilisés à la fin de 2010, représentent effectivement une infime minorité par rapport aux deux milliards d’internautes recensés dans le monde. Ces difficultés ont poussé les Africains, déjà friands des téléphones cellulaires, vers l’Internet mobile qui connaît depuis quelques années un développement et un taux de croissance impressionnant (le plus rapide dans le monde) sur ce continent, en particulier chez les jeunes pour qui il est devenu l’un des outils phares. Ces millions d’Africains qui ont recours massivement à l’internet mobile, associent ainsi leur passion à l’utilisation des réseaux sociaux. Selon certaines études, les Africains qui se connectent sur Internet, principalement avec leurs téléphones mobiles, vont plus souvent sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, YouTube et Hi5 qui semblent avoir gagné et consolidé d’énormes parts de marché sur le continent.

Facebook, déjà premier parmi les 700 réseaux sociaux utilisés dans le monde avec ses 700 millions d’utilisateurs (en juin 2011), soit 10% de la population mondiale, constitue également le principal réseau social en ligne visité dans la plupart des pays africains (61,6% de taux de pénétration dans le top 10 des pays qui utilisent le plus ce site). L’Égypte avec plus de 5,65 millions d’utilisateurs contre 412 340 pour la République démocratique du Congo, est le pays qui compte le plus grand nombre d’utilisateurs sur le continent. Facebook compte aujourd’hui au total plus de 17 millions d’abonnés africains contre 10 millions en 2009.

Facebook qui aurait perdu en Mai 2011 selon Socialbakers (spécialisé en statistiques de réseaux sociaux) plus de 4 millions d’utilisateurs aux États-Unis, plus d’1 million au Canada, est donc loin de connaître la même situation en Afrique où il enregistre des taux de croissance ahurissants (plus de 55% entre février et mars 2011 dans le top 10 des pays qui utilisent le plus ce site).

Cette croissance soutenue incite les grandes compagnies de ce secteur à s’intéresser davantage au marché africain avec ses énormes potentiels. Ainsi, après avoir lancé cette année, plusieurs versions dans certaines des principales langues africaines dont le swahili, le haoussa et le zoulou, Facebook a annoncé qu’il offrirait un accès aux utilisateurs de téléphones mobiles dans de nombreux pays en Afrique.

Google, de son côté, teste depuis octobre 2010, un nouveau service provisoirement appelé Baraza (qui signifie «lieu de rencontre» en swahili). Il est destiné à plusieurs régions du continent et est censé permettre aux internautes de dialoguer en posant et répondant à des questions d’intérêt local ou régional.

Les Africains, eux mêmes, ne sont pas en reste. Beaucoup de compagnies sur le continent se préparent également à profiter de cette croissance progressive en créant leurs propres réseaux sociaux. Ainsi, Afrigator, plateforme sud-africain uniquement en anglais (mais il est possible d’y trouver aussi des blogs francophones et même hispanophones), constitue un grand réseau de blogueurs à travers toute l’Afrique du Sud où les utilisateurs peuvent poster des photos, des vidéos, et importer  leur liste de contacts facilement. Zoopy, complémentaire de ce dernier dont il a les mêmes fonctionnalités (il permet même d’importer ses amis depuis son compte Afrigator), s’adresse avant tout à un public local (sud-africain) bien qu’il puisse être utilisé de partout.

Toujours en Afrique du Sud, MXit, un service local de messagerie qui compte près de 27 millions d’usagers, est devenu le plus important réseau social en ligne dans le pays.

L’outil Ushahidi qui signifie « témoignage » en swahili, trouve ses origines dans les violents affrontements qui ont suivi les élections de 2008 au Kenya. La plateforme proposait alors un mapping ou géolocalisation grâce à Google Maps, qui situait les endroits où avaient lieu des affrontements. Il était alimenté par les témoignages des utilisateurs. Ushahidi réunit aujourd’hui les services de blogs, l’envoi et la réception d’alertes par le web, les e-mails, etc.

Mais même si Facebook, Twitter, Hi5 et autres réseaux sociaux « classiques » et locaux semblent avoir définitivement conquis les Africains, ces derniers n’hésitent pas cependant à adopter plusieurs autres réseaux sociaux, en fonction de leurs objectifs tels que Viadeo ou Linkedin pour les réseaux professionnels. Ainsi, désireux de profiter de ce succès, le français Viadeo qui compte plus d’un million d’africains  inscrits, dont l’essentiel vit dans les pays maghrébins à l’instar du Maroc (250 000 membres) ou de la Tunisie (100 000 membres), a ouvert récemment sa première représentation africaine à Dakar, au Sénégal. Déjà assez bien implanté en Afrique du Nord, Viadeo, en investissant dans ce pays où il comptabilise 50 000 utilisateurs, montre donc clairement sa volonté de faire de même en Afrique subsaharienne.

 

Vitraulle Mboungou

www.afriqueexpansion.com

Juin 2011