Edito

De l'importance de réduire les coûts télécoms en Afrique

Le numérique africain est désormais l'objet de tous les regards, de toutes les passions. On parle de développement inclusif, de croissance numérique, de création d'emplois... Pourtant ce développement est intimement lié à un poste-clé du budget des ménages et des entrepreneurs : le coût des communications.

En Afrique subsaharienne il n'existe pas un seul opérateur de téléphonie mobile dans tout l'espace francophone qui propose à ses clients des forfaits nationaux illimités. Par exemple, lorsque, en 2015, j'ai passé 3 mois sur le terrain pour organiser un festival, mon budget téléphone -et je n'appelais que mes collègues et autres partenaires de l'organisation basés à Bamako-, équivalait à environ 30 000 FCFA (45 Euros) par semaine. Soit une moyenne de 120 000 FCFA (180 Euros) par mois pour appeler en local... Un budget que 95% des maliens ne peuvent se permettre. Quand je le compare à mon forfait français "Tout compris" à 35 Euros par mois, je me dis qu'il y a là une injustice certaine à combattre.

Ce constat est corroboré par le récent rapport Afric’TIC du groupe marocain COGEFI Afrique, qui vient de réaliser une étude portant sur 17 pays d'Afrique. Les résultats, publiés partiellement par le site Cio-Mag , témoignent notamment du fait qu'au Mali ou au Niger, un travailleur payé au salaire minimum doit travailler plus de 30 heures pour se payer une heure de communication nationale.

Un scandale social, lorsque l'on sait par exemple que ces pays, qui figurent parmi les 15 pays les plus pauvres au monde sur le classement IDH des Nations Unies, font le chou gras d'opérateur de téléphonie mobile. Par exemple, au cours de l'exercice 2015 le mastodonte Orange Mali aurait généré un Chiffre d'Affaires de plus de 22,7 milliards de FCFA avec un bénéfice avant intérêt, impôts et dépréciation des amortissements supérieur à 51% en 2014. De telles marges ne pourraient pas exister en Europe où les associations de consommateurs et autres Free ont depuis longtemps permis la libéralisation du portable...

Alors on peut nous expliquer que les opérateurs ont d'énormes coûts de développement, et c'était sans doute vrai il y a quinze ans. Mais aujourd'hui, il est difficile de comprendre que les bénéfices de ces gains ne font pas le bonheur des peuples qui les génèrent... Au Cameroun ou au Sénégal, de nombreux groupes civils se sont crées pour tenter de faire plier les opérateurs, car non seulement les coût de téléphonie, toujours en pré-paiement, sont exorbitants, mais de surcroît les applications de téléphonie Web sont bloquées. Au Mali ou en Guinée, il est quasiment impossible d'utiliser Viber ou Whatsapp. A Djibouti Skype fût longtemps bloqué, même si peu d'infos sur le sujet filtrent sur la toile.

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