Edito

Afrique-France : Quatre règles d'or pour une reconquête différente

Il est terminé le temps où, presque "naturellement", les entrepreneurs d'Afrique subsaharienne francophone se dirigeaient vers les industriels français pour mettre en oeuvre leurs projets. L'Afrique est désormais cette dame hétéroclite draguée de toutes parts. Ses prétendants sont chinois, indiens, américains, africains... Ils arrivent, les bras chargés de cadeaux pour la vieille, la bouche ornée de déférence pour le vieux, l'emploi du temps qui s'adapte aux politesses sociales de circonstance.

La vieille France quant à elle, s'éveille à peine. Les yeux encore gonflés par le long sommeil prospectif qui fut sien pendant ces quinze dernières années, elle tente dorénavant de multiplier les actions de séduction à l'endroit du vieux continent. Oui mais l'ombre des réseaux obscures plane encore, surplombée par celle des préjugés, par celle des piliers de la Françafrique et par l'histoire douloureuse qui nous lie...

Pourtant notre nouvelle génération n'est plus responsable de l'histoire, elle peut participer au changement. Les piliers de la Francafrique subsistent, certes, et ne pourront sans doute pas s'écrouler avant que la France ne change de politique énergétique fossile. Quant aux préjugés, ils peuvent changer, avec un peu de culture et de bonne volonté. Restent les réseaux obscures, mais là aussi on constate que la franc-maçonnerie, pour ne citer qu'elle, perd du terrain progressivement. Les entrepreneurs du secteur privé n'y trouvent pas vraiment d'intérêt.

Je reste convaincue que la France a beaucoup à gagner avec l'Afrique, et vice-versa. Aussi je partage avec vous quatre règles de base qui, selon ma modeste expérience, peuvent contribuer à construire un nouveau paradigme, bien plus solide et pérenne, entre la grande Afrique et notre petit hexagone.

1. Tu ne viendras pas aider l'Afrique

On dit en Afrique que "La main de celui qui donne est toujours placée plus haut que celle de celui qui reçoit". Il faut comprendre par là que le donneur est toujours plus fort que le bénéficiaire. Aussi l'industriel français, dans toutes ses approches, devra-t-il absolument éviter cette notion. Vous voulez vendre une formation, un produit révolutionnaire pour assainir l'eau ? Eh bien, vous faites du business, simplement. Vous n'aidez pas l'Afrique. Vous vous placez dans une position d'égale à égale. C'est tout.

2. Tu ne donneras pas de cadeau directement au récipiendaire

Au Mali ou en Côte d'Ivoire, lorsque l'on veut donner un cadeau à un enfant, on le donne d'abord au papa en lui disant : "donne à la maman pour l'enfant". Ainsi, c'est toute la chaîne familiale qui est récompensée. Et puis, si l'enfant a fait une bêtise juste avant, ce n'est pas à vous de décider à quel moment il doit être congratulé... En entreprise c'est pareil : vous souhaitez remercier un commercial qui s'est bien occupé de votre dossier ? Eh bien, faites passer le cadeau par la tête de l'organisation. Toute la chaîne s'en trouvera ainsi récompensée. Quand vous arrivez de France, n'oubliez pas d'amener dans votre valise quelques macarons, du chocolat ou autre mets ou parfum dont nous avons le secret... L'habitude se perd mais reste pourtant très utile pour entamer avec plus de convivialité des relations d'affaires. Et puis, dans la plupart des cultures africaines, le voyageur arrive toujours les bras chargés de présents.

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